Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Jean d'Ormesson, Johnny, Ulysse et moi

Cher Monsieur d’Ormesson (les gens disent Jean d’O, moi je n’ose pas)

 

Aujourd’hui sur les réseaux sociaux, mes amis sont comme moi, en séance de rattrapage : après les bruits de foule autour de la mort de Johnny ils parlent de vous, c’est à dire qu’ils citent vos bons mots. Comme je suis très mauvaise langue par nature, je pense que beaucoup d’entre eux ne vous ont pas lu. Il est facile de citer vos plus belles pensées, il y en a partout dans vos livres.

Cher Monsieur, j’ai tellement aimé vos phrases, si vous saviez. Mais voyez-vous j’ai pleuré à la mort de Johnny, pas à la vôtre. Ce n’était pas pareil et j’espère que vous me comprendrez. Parce que je voulais dire : on a rappelé que vous lisiez et relisiez l’Odyssée et justement, il me semble que Johnny Hallyday a quelque chose à voir avec Ulysse.

Vous les entendez ? Ils disent : non mais pourquoi pas Jésus, tant qu’elle y est ?

Ils disent beaucoup de choses.

Il y a une histoire de mythe là-dedans, qui se trouve bien au-delà de la popularité. J’ai plongé dans le mythe, moi aussi. J’ai pleuré un homme qui plaisait aux femmes, comme Ulysse –regardez Calypso, cette folle. Et même Athéna. J’ai pleuré un homme qui faisait des choses extraordinaires à la place des autres et s’en sortait toujours. Ulysse affrontait les Sirènes et Nessus et Charybde et Sylla et lui conduisait vite sans se tuer, il tombait dans le coma et s’en sortait, il divorçait et en retrouvait une autre, il perdait son public et le regagnait. J’ai pleuré un homme qui avait un dieu contre lui, ce n’était pas Neptune, c’était le fisc, qui s’en prend aux gens. J’ai pleuré celui qui vivait comme un dieu mais ressemblait au commun des mortels, comme Ulysse, Ulysse était rusé et épaté par les richesses des Palais et Johnny était gentil et il aimait tout ce qui brille. Ulysse avait son bateau et ses hommes, Johnny avait sa guitare et ses musiciens. Et une île au milieu de la mer, pour finir. Voilà Monsieur d’Ormesson, entre votre Ulysse et mon Johnny à moi, il existe des ressemblances et celle-ci surtout, qui est la définition du héros mythique : il est celui qui fait des choses hors de notre portée à notre place. Il est notre représentant magnifique. 

Il n’y en a pas ciquante dans une vie.

Et ce n’est pas glorieux d’aimer un mythe, il y a des choses plus importantes à faire, je sais. Mais c’est humain, très humain. Comme il est humain d’aimer à la folie la petite musique des jolies phrases, ce qu’on appelle le beau style.

Cher Monsieur d’Ormesson, je ne sais plus où j’ai rangé Au plaisir de Dieu, le premier livre que j’ai lu de vous, il est vieux, il doit être dans une caisse et je vais aller le chercher, pour vous faire plaisir. J’en ai pour un moment, vous me pardonnerez. Pardonnez-moi aussi si je vous avoue que l’Odyssée m’a toujours ennuyée à mourir. Pardonnez-moi surtout si moi aussi, bêtement mais si sincèrement, j’ai croisé un jour les poings en chantant : Et mourir d’amour enchaîné.

 

Et puis pour finir je voulais vous dire, et je pense que vous serez d’accord avec moi : vos yeux, Monsieur d’Ormesson, étaient encore plus bleus, encore plus beaux que ceux de Johnny.


Cette semaine, deux romans, une même famille.


Une même situation, mais il suffit d'un rien pour que tout change


Avec elle, de Solène Bakowski

 

Deux ravissantes jeunes femmes sont apparues sur les réseaux sociaux, pour parler de leur livre. Elles s’étaient déguisées en chipies de la littérature et finissaient par se ressembler. Comme deux jumelles.

Je connais l’une des deux, je lis ce qu’elle écrit depuis le début, parce qu’elle possède à mon avis un grand talent.

Mais les baguettes des fées parfois tombent par terre, qu’elle me pardonne.

 

Toi pour moi, moi pour toi, on va avoir seize ans et on est gigantesques.

 

Avec elle représente l’une des faces d’une histoire à deux visages : à partir d’une situation commune (une famille unie et un feu d’artifice), le destin s’amuse à fabriquer deux scenarios opposés. L’idée est séduisante, parce que nous savons tous que le destin fait bien ce qu’il veut. Et les deux romans se construisent autour du thème toujours fascinant de la gémellité.

Dans l’histoire de Solène Bakowski, les deux jumelles Coline et Jessica, unies à la vie à la mort, vont connaître la jalousie, les doutes et la tentation de la séparation, with or without you –mensonge et trahison sur fond de Lettre à Elise, tandis que tout se déglingue aussi du côté de leurs parents. Et ce scenario m’a rappelé au passage le magnifique roman de Joyce Caroll Oates, Nous étions les Mulvaney. Je dois dire aussi, au passage, que Solène Bakowsky n’a rien à envier à la romancière américaine, quand elle s’y met (je pense totalement ce que je dis).

Sauf que.

Sauf qu’il s’agit ici d’un projet à deux, et que dès lors qu’on sort un écrivain de sa solitude, forcément il y perd son latin, c’est à dire ce qu’il sait faire de mieux. Sauf que ce roman ressemble un peu trop pour moi à un livre pour la jeunesse. Sauf que la psychologie en boucle, si elle ravit les lecteurs d’Amazon, a tendance à me faire fuir.

Heureusement, les baguettes magiques des fées ont la vie dure et j’ai retrouvé dans certaines pages les fulgurances que j’attendais:

 

Ce matin, l’aurore qui s’infiltre par les baies vitrées se déploie sur leur surface cireuse et leur carcasse rompue. (les descriptions XXS de Solène Bakowski sont toujours extraordinaires).

 

Et puis il y a ces mots-cailloux, qu’elle sait si bien lancer :

Anna. Anna. Anna.

Pincée. Broyée. Verre pulvérisé.

Sang . Cheveux blonds. Comme elle. Partout. Musique. Ça monte. Ça monte.

 

Il y a enfin ces moments bénis où la romancière reprend de la distance:

L’histoire de Patricia Simoëns et de Christophe Tellier n’aura pas duré longtemps...

La voilà qui monte très haut au-dessus des personnages, là où se cachent les mécanismes du hasard –ou ceux de la fatalité, allez savoir. La voilà du côté des dieux, qui reprend les rennes de son récit et envoie balader son projet d’écriture, les démons intérieurs en 400 pages, les ventes, les commentaires, les étoiles et nous avec. La voilà seule face à ceux qu’elle a inventés et je vous préviens, ce sont là quelques moments assez fabuleux.

Comme le sont les dernières lignes du roman, toutes raides, au garde à vous devant le destin, avec une Solène pétrie de chagrin.

 

Voilà pourquoi j’ai tout de même écrit cette chronique, moi qui ne suis plus dans l’air du temps, c’est à cause de ces moments de grâce. La littérature est ainsi faite, elle est capricieuse et heureusement : les étincelles à la Bakowski, jamais un ordinateur ne pourra les faire.

Ne m’écoutez plus et lisez donc ce roman.

 

Ou l’autre, ou les deux.


Sans elle, d'Amélie Antoine

Ya une gamine qui a disparu. Y a une gamine qui a disparu. Ya une gamine qui a disparu. Ça chuchote et ça murmure, on dirait que les feuilles des bouleaux se transmettent le message, on dirait que le vent léger d’été transporte ces quelques terribles mots. Ya une gamine qui a disparu.

 

Dans ce roman d’Amélie Antoine, on retrouve le feu d’artifice, le bracelet fluo que Jessica réclame, et Coline est toujours punie à cause d’un flacon de parfum cassé. Nous sommes toujours à Quesnoy, les parents s’appellent toujours Patricia et Thierry, Enis le beau garçon est toujours là, la grand-mère s’appelle toujours Paulette, sauf que...

Sauf que Jessica disparaît. Envolée, invisible.

Un jour tranquille et ensoleillé, j’ai retrouvé l’une de mes filles dans un étang, juste à temps pour pouvoir sauter et la sauver et je dois dire que ce livre s’en va rejoindre d’emblée des peurs insupportables. Et Amélie Antoine a raison, dans ces moments-là le monde tout à coup n’est plus le même, même les feuilles des arbres changent, même les couleurs.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire à faire peur ?

C’est un roman violent dans les premières pages, écrit d’emblée avec des mots violents et l’on se dit qu’on va suivre pas à pas les tourments d’une mère qui a perdu son enfant. Minute après minute, en apnée.

J’ai failli éteindre ma tablette.

Mais j’avais mon article à faire. Et pour m’aider, il y a eu très vite ce travail de remplissage que je n’aime pas  dans les romans contemporains, ces bavardages qui relâchent l’élastique : un Mickey sur une tasse, le micro-ondes branché sur 45 minutes, des marches qui grincent, des remontées acides dans l’oesophage, un rouleau-compresseur dans la cage thoracique et autres détails plus ou moins réussis. Et la procédure de recherche, avec ses gendarmes, ses battues. Ça tombait bien et j’ai oublié l’étang.

 

J’ai alors eu sous les yeux le chagrin très compliqué, forcément, d’une petite fille dont la soeur jumelle a disparu, une enfant empêtrée dans sa ressemblance et qui n’a plus le droit qu’on s’intéresse à elle. Puisqu’il ne lui est rien arrivé, à elle. Et la déroute d’un père qui n’a plus que sa tondeuse à gazon pour reprendre confiance. Et le sentiment de culpabilité d’une mère qui a tout déclenché en punissant son enfant. Et les difficultés d’un couple écrasé par le malheur, et l’implacable progression des jours et des mois. Avec, au beau milieu de ce drame psychologique qui s’éternise un peu (beaucoup), de jolis moments tristes: le choco BN que Coline mange proprement, pour une fois, parce que sa soeur n’est pas là et sa lettre au père Noël, dans laquelle elle demande simplement sa jumelle.

 

J’ai lu les commentaires que ce roman a reçus, les rares avis négatifs me paraissent totalement injustes : non ce n’est pas du voyeurisme et non ce n’est pas mal écrit, le style a du naturel et c’est parfaitement bien fait. Vous trouverez même le point de basculement du récit exactement à la moitié du livre (53%, m’a dit ma tablette).

Mais justement.

Justement, les commentaires dithyrambiques (la plupart d’entre eux) mettent l’accent sur l’émotion suscitée par ce roman. Et ils doivent être sincères, sinon Amélie Antoine ne connaîtrait pas le succès qui est le sien. Alors pourquoi est-ce que je ne suis pas touchée, moi ?
Parce que j’ai passé l’âge. Je suis du côté de Paulette, sauf que je ne m’appelle quand même pas Paulette : j’ai besoin d’être surprise et perplexe et les belles constructions m’ennuient. J’ai besoin de ne pas savoir où je vais, où l’écrivain va m’embarquer. Et surtout, il me faut des personnages compliqués, imprévisibles, pénibles.

Pénibles, je crois que c’est le mot. Or aujourd’hui les lecteurs veulent s’y reconnaître, absolument. Je crois qu’ils réclament du confort, des situations qu’ils pourront analyser les doigts dans le nez. Pas évident de se plier à cette exigence et je dois dire que cette romancière, de ce point de vue, est douée.

 

Voilà, j’ai lu le gros roman d’Amélie Antoine en entier... et j’ai pris un sacré coup de vieux !

 

 


Le Goncourt!

D’abord je dois vous citer cette phrase d’Eric Vuillard:

Un mot suffit parfois à congeler une phrase, à nous plonger dans je ne sais quelle rêverie ; le temps, lui, n’y est pas sensible.

Il y a la littérature et l’Histoire, le roman et le récit des faits. Ce livre s’annonce comme un récit et se lit comme un roman. Avec des mots qui congèlent les phrases, à l’intérieur de la marche militaire de l’Histoire.

 

Ma chronique

Hitler sourit, agite la main, l’exaltation est visible sur sa figure ; il fait le salut national-socialiste à tout bout de champ, à de vagues assemblées de paysans ou de jeunes filles. Mais le plus souvent, il se contente de ce geste étrange que Chaplin a si heureusement parodié, le bras plié dans un mouvement désinvolte, un peu féminin.

 

Des industriels raides comme des figurines de bois, des cigares démesurés, des blindés bloqués à la frontière autrichienne par une panne géante –le père Ubu n’est pas loin et justement le voilà, hurlant parce qu’il doit faire avancer ses chars pour entrer en Autriche : imaginez Agamemnon et son armée version Groucho Marx.

Bienvenue dans la plus mauvaise farce de l’Histoire.

Vous aurez aussi de quoi vous préparer pour vos mots croisés. Vous lirez dans ce livre:

Escadrin

Lapidifié

Impostes

Apophtegme

Esquicher

Muïr

Etc. (On n’obtient pas le Goncourt les doigts dans le nez).

Et vous aurez l’impression constante d’être au théâtre, avec une mise en scène de maniaque (l’écriture est incroyablement précise) et des personnages puissance 10 : Carl von Siemens (Siemens comme votre machine à laver, oui), Wilhelm von Opel comme les voitures, Schuschnigg le Chancelier d’Autriche, petit tyran de pacotille et le pauvre Louis Soutter qui peint avec ses doigts dans son asile de Ballaigues, et Leopold Bien qui se jette par la fenêtre, parce que le monde est devenu fou. Avec tout autour serpentins, cotillons et petits drapeaux : c’est l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, vue par un historien surdoué, qui est arrivé à me faire lire un livre d’Histoire sans m’ennuyer.

 

Je parlais de personnages puissance 10, et Hitler, alors ?

C’est la surprise de ce livre : d’abord on le voit assez peu. Ensuite, Hitler et Goering, les deux monstres de cette histoire, sont les seuls personnages naturels, volontiers affables, débonnaires. Ils sourient et serrent des mains, ils ont l’air vrais –comme deux machinistes qui se seraient introduits sur la scène. C’est dérangeant mais c’est bien la vérité : l’Allemagne s’est laissée ensorceler par deux grands comédiens. Le père Ubu avançait masqué.

 

Et je dois vous dire une dernière chose : on s’est étonné que le prix Goncourt soit décerné à un livre aussi court (les lecteurs réclament de gros volumes et les auteurs comptent fébrilement leurs mots, moins de 50.000 tu meurs). Mais, le talent aidant, ici c’est comme au scrabble, chaque ligne compte double ou triple. Donc je vous rassure, c’est un gros pavé... de 150 pages !

 

 


Cette semaine, la sortie de la saison 3 de Chris Simon

Quand la "papesse de l'autoédition" vous sort une série qui lui ressemble -américaine, nerveuse, élégante et littéraire. 

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Cette semaine, un vieux prix. Mais quel prix!

Cliquez sur: Un bien fou (Grand prix de l'Académie française 2001) pour lire ma chronique

Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. Je suis l'emplacement idéal pour raconter votre histoire et pour que vos visiteurs en sachent un peu plus sur vous.

Une petite perle en passant

Julie Deh m'a envoyé un message sur Facebook, elle voulait que je lise son roman. J'avais d'autres choses à faire mais quand on me parle gentiment ... bon, j'ai eu la bonne idée d'accepter tout de suite.

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Cette semaine, le grand Modiano...

qui nous a fait une petite merveille.

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Cette semaine, un gros pavé, un grand bonheur de lecture

Cliquez sur: l'art de perdre dans le menu.

Et courez vous offrir ça.


EN lisant UN recueil de nouvelles

 

 

Je n’imaginais pas que F me surprendrait à parler à Ana. Je la croyais occupée à chercher des personnages, elle voulait écrire un roman et avait passé une petite annonce. Pourquoi pas, il existe sûrement pas mal de candidats dans une ville comme Paris. Des êtres perdus, en attente d’une histoire. Je ne pensais pas qu’elle jetterait un œil sur mon blog.

Comment a-t-elle en a-t-elle eu l’adresse ? Je l’ignore. Toujours est-il qu’elle a lu cet article. Il commençait ainsi : « Là-bas, dans les rues de Buenos-Aires » et c’était ridicule, je n’ai jamais mis un pied dans cette ville. Alors pourquoi en parler ?

Mais c’est à cause d’Ana, aussi. Ana L qui chante et qui danse et je venais d’écrire ces lignes :

 

Là-bas dans les rues de Buenos-Aires, elle rêve qu’elle s’appelle Ana, Ana qui a le vague à l’âme, et Mozart avec tout ça ? Sur le papier coule le Lacrimosa.

 

J’étais plutôt contente de moi, à cause des rimes et, bien que n’y connaissant rien en musique et encore moins en œuvres de Mozart, j’espérais qu’Ana m’écouterait –et me répondrait, peut-être. Parfois les personnages sont plus loquaces qu’on ne le pense, il suffit de les prendre par les sentiments.

Et justement, j’ai continué :

 

Il s’appelle Ivan c’est ce qu’elle croit, mais tout est faux dans cette histoire. Rien n’existe que les Princes charmants et peu importe le nom qu’on leur donne, Ana. Ana tu chantes et tu danses quand les autres ne te voient pas.

 

Je savais Ana suffisamment amoureuse pour se trouver attendrie par ces lignes, Ivan devait être très beau, même s’il ne s’appelait pas Ivan, quelle importance le nom d’un homme, me disais-je. 

J’ai feuilleté le livre de F, ai cherché d’autres noms et c’est alors que le regard d’Ana s’est posé sur moi. J’ai remarqué tout de suite qu’elle avait du mal à ouvrir les yeux, la lumière semblait la gêner, un rayon de soleil est entré dans mon salon et elle a paru en souffrir.

 

Dans une clinique de Buenos-Aires, les yeux d’Ana voient la lumière. Mais ce ne sont pas tes yeux Ana, une autre t’a donné tout ça. Et souris à la vie Ana.

 

J’ai eu un peu honte d’avoir écrit une phrase aussi banale, Ana méritait mieux, sûrement, avec ses yeux tout neufs qui voyaient enfin le monde. Je me suis hasardée à quelques lignes supplémentaires, dernière tentative pour l’attirer jusqu’à moi et peut-être engager une conversation.

Mais que peut-on attendre réellement d’un personnage qui n’est pas le sien ?

 

Sur une plage loin de Buenos-Aires, Ana s’endort au soleil. Un homme marche sur ses rêves, tu l’aimes tant mais tu divagues. Ne reste pas couchée là, Ana. Ana va nous faire un malaise et le soleil regarde ça...

 

—Mais de quoi parlez-vous ?

J’ai sursauté. F avait pourtant à peine haussé la voix, malgré la distance qui nous séparait. Vociférer n’est sûrement pas dans ses habitudes, j’imagine qu’elle parle comme elle écrit, à mots hésitants, cherchant la meilleure intonation, la note juste. 

—Vous n’avez pas reconnu vos nouvelles ? Ai-je hasardé.

Le sourire de F m’a rassurée.

—Oui bien sûr, mais à quoi bon ? Quelle idée d’écrire à ma place ? Vous voulez continuer mon recueil ? Vous trouvez qu’il n’est pas assez long ?

—Mais non. Excusez-moi, je voulais juste parler à Ana, votre personnage... ce n’est pas vous, n’est-ce pas ? D’ailleurs vous n’avez pas le même prénom. Et si ça se trouve vous ne chantez jamais. Ou bien vous chantez faux et l’on vous fait taire.

—Et si ça se trouve, je ne sais même pas danser ! Ni aimer, ni dormir au soleil. 

—Ni cacher vos pensées.

Ni même écrire des nouvelles ! Mais vous avez vu ce que mon éditeur dit de moi ? Je sors d’Henry IV, une sacrée fabrique de littéraires, alors dans ces conditions...

—Je ne suis jamais entrée dans ce lycée dont tout le monde parle. Je suis autodidacte, pour ma part et la musique ne veut pas de moi. 

—Nous sommes donc très différentes.

—Seulement...

—Seulement ?

—Seulement Ana me touche, Ana et moi...

 

A ce moment, une moto est passée sur la route et j’ai arrêté net ma phrase. 

Je ne savais pas trop comment expliquer les choses, de toute façon.

F a tourné la tête, attirée par le bruit du moteur. Elle s’est levée et a marché vers la porte-fenêtre. Et comme j’ai l’art de me mêler de ce qui ne me regarde pas, j’ai dit :

—Le motard, là-bas, je le connais. J’ai fini votre livre, il s’appelle Antoine.

—Ou Horacio !

—Ou Claudio...

—Ou Marc !

Et nous avons ri ensemble

Elle importante, moi pas.

 

 

Tout ça pour vous dire que je viens de lire un très beau recueil de nouvelles. Et quand la littérature vous emporte, alors il vous prend l’envie d’écrire

N’importe quoi

Des bêtises

Des choses avec des notes faciles.

 

Lisez vite ces nouvelles et ne ratez pas l’avant-dernière : le collier de l’île de Bora-Bora, absolument géniale –et si bien écrite, comme le reste.

Mais qu’est-ce qu’ils leur font manger au self d’Henry IV, pour en faire des écrivains si doués ?

 


Cette semaine

Et si vous deviez mourir demain? Et si vous vous rendiez compte tout à coup que vous êtes passé à côté de votre vie? Il est possibloe d'arranger les choses.

Cliquez dans le menu sur Je suis mort, si vous voulez savoir comment vous en sortir.


Cette semaine, un petit chef d'oeuvre

Tout le monde a vu passer cette photo de Patricia Hearst, armée, combattant aux côtés de ses ravisseurs. Le fameux syndrome de Stokholm. 

Mais tout le monde ne connaît pas le talent de Lola Lafon et c'est bien dommage.

Cliquez sur Mary, Patty dans le menu pour lire ma chronique.


Cette semaine

Leur mari leur échappe: l'un se transforme en femme, l'autre est amnésique. A partir d'un même thème, deux romans très différents. 

Cliquez sur: Point Cardinal et Nous danserons encore sous la pluie


Un roman pour faire ses courses autrement

Vous n'aimez pas les supermarchés? Pas même le Franprix? Lisez ce livre, regardez la caissière et retournez-vous: il y a un homme qui attend, avec son panier. Il s'appelle Horatio - ou quelque chose comme ça.

Et en attendant, cliquez sur Nos vies dans le menu. C'est la chronique de la semaine.


Cette semaine

Un premier roman et un brun ténébreux sur la couverture, j'ai acheté le livre. Mais bon.

Pour la suite, cliquez sur le menu: La distance


Cette semaine

Deux femmes différentes

Cliquez sur le menu: deux femmes


Cette semaine: le petit chef d'oeuvre de la rentrée littéraire

Zabor, de Kamel Daoud (l'auteur de Meursault contre-enquête)

Il est journaliste mais il n'écrira plus d'articles dans la presse oranaise, il en a assez qu'on ne l'entende pas, je crois. Et il a dit tout ce qu'il pensait dans ce livre-là. Pamphlet, autobiographie ou conte, vous verrez.

Si vous arrivez à tout comprendre, ce qui ne m'a pas paru évident. 

Cliquez sur Rentrée littéraire, dans le menu


Rentrée littéraire

Cette semaine: Carmen a aimé, n'a pas aimé

Cliquez sur: rentrée littéraire  dans le menu


Nouvelle chronique au menu de la semaine

Les pensées de ma plume, de Brigitte Banjean

ou le charme d'une belle écriture (mais oui, c'est important)lovelove


La rentrée littéraire des auto édités

Le choix de Carmen :

La téléportation est un sport de combat, de Sandra Ganneval

Et Le silence des aveux d’Amélie de Lima

Et je crois que Carmen a bien choisi. Très bien choisi, avant de me laisser lire toute seule la rentrée littéraire qui vous énerve tous et que j’attends avec impatience, moi : celle des grands éditeurs.

 

Mais ce sera pour la semaine prochaine !


Cette semaine...

Une guerre vue par des enfants

et mes souvenirs dedans


Au menu de la semaine:

Un Gallimard contre un autoédité!

Un saint homme, d'Anne Wiazemsky

Le baiser de Pandore, de Patrick Ferrer

 

Bonne lecture! 

 

Et si vous ne trouvez pas le menu, cliquez sur les trois traits horizontaux, là-haut.

 

Le retour de Carmen

Elle écrit son roman, moi je lui fais les courses et je lis à sa place.


Ce qui nous oppose, de Nina Frey

Le billet de Dominique à ses filles.

 

Mes chéries, j’ai montré ce livre à Carmen parce que Nina Frey est un auteur sympathique –une auteureee avec un e, me dites-vous, il va falloir que je m’y fasse. Sympathique donc, et talentueuse d’après ce que j’ai déjà lu d’elle. J’ai parcouru les premières pages et j’ai eu l’impression de vous suivre dans l’un de ces bars où vous passez vos soirées et où il ne me viendrait jamais à l’idée de vous accompagner. J’y ai retrouvé les petites cases, vous savez bien, les cases dans lesquelles votre génération se range, dès lors qu’elle s’observe : il y a les bobos, les punks avec leur crête, les hipsters et leur chemise à carreaux. Pour les hipsters et les punks je ne peux pas me tromper, à cause des signes extérieurs. Pour les bobos c’est plus compliqué, je n’ai toujours pas bien compris comment on pouvait les reconnaître. Et vous, dans quelle case vous trouvez-vous ? Parce que vous êtes nées à Versailles, comme l’héroïne de ce roman. Je sais, vous êtes des princesses et je suppose que Tina en est une, en dépit de ses percings et de ses tatouages.

Cette histoire n’est pas pour mon âge mes chéries, ce serait plutôt à vous de la lire. Ah, vous n’en avez pas le temps, vous travaillez, vous. Alors Carmen fera l’affaire, elle papillonne à Albi et j’espère qu’elle écrira une jolie chronique pour Nina Frey, qui en passant ne m’a rien demandé. Et Carmen vous embrasse, mes jolies.

PS Je suis quand même passée voir ce livre, je m’y suis retrouvée. Là, c’est moi: « Théo rit de plus belle, une femme d’âge mûr se décale pour nous éviter, confirmant l’illusion de folie que notre jeunesse renvoie ».

 

La chronique de Carmen

 

Les lignes de ce qui nous oppose se sont effacées dans un ensemble plus grand, plus vaste, encore plus puissant.

Voilà pour le titre. Mais ce que je préfère, c’est :

Je t’aime, Tina. C’est pour ça que je deviens con.

 

Roméo est toujours Roméo même s’il s’appelle Max, mais il a une longue cicatrice et il parle différemment, il dit : « Je ne me suis jamais senti aussi vivant que depuis que je te fréquente Tina. Alors crois-moi, que t’aies une vie de merde ou de princesse, un plan cul ou personne, moi je m’en tape. »

Et Juliette s’appelle Sixtine comme la Chapelle mais elle a des percings partout et la nuque rasée.

Max et Sixtine sont deux enfants perdus dans le monde cruel des parents indignes. Ils évoluent dans un décor en noir et blanc –il y a très peu de couleurs dans ce roman, au métro Couronne les stores sont en fer et la petite place est grise. Ils vivent dans un monde où l’on ne regarde pas les autres, on les scanne et c’est ce que fait la romancière avec ses personnages : les gestes sont décrits avec application –mouvements de bras et de mains surtout, exactement positionnés, courbe d’un dos et courbe d’un ventre- comme dans un manga et c'est assez remarquable. Un monde stéréotypé version 2017, où l’on se drogue forcément, où l’on occupe un squat, où l’on va rejoindre d’autres âmes désenchantées au 103 et où l’on s’appelle les gens.

C’est que l’amour aime bien les stéréotypes: Max et Sixtine se snobent, se défient et vous savez, vous, qu’ils vont s’aimer. Qu’ils s’aiment déjà sans le savoir. Le schéma est classique et il y a des siècles que ça marche. Ça commence ainsi : « Je scotche comme un puceau sur ses hanches fines » et ça s’arrange très vite, question sentiments : « J’ai l’impression d’un coup en pleine poitrine avant de respirer à pleins poumons ». Et Sixtine a une tête de mort brodée sur sa veste, des bracelets à piques et des trous sur son collant noir. Vous connaissez déjà ? C’est normal, c’est fait exprès. Sinon, on écoute Muse et Bridget Jones est encore passée par là : « Moto 1. Sex-appeal 0 ».

Max et Sixtine se rencontrent à la Fac, en cours de socio. Ils ont fui leur famille l’un et l’autre, courent après la liberté et l’amitié et l’amour. Ils vont à St Malo mais veulent sortir de leurs propres remparts. Autour d’eux, les autres –Fred, Eva, Théo- leur fabriquent le piédestal sur lequel l’auteure a décidé de les déposer, tandis que rôdent les vieux démons, la mort d’une soeur, un accident de moto, des bagarres et que les dialogues se débattent - c’est bien dommage dans un livre si bien écrit - avec les objecté-je, asséné-je, râlé-je et autres clones ratés du verbe dire. C’est que l’histoire est simple et ne méritait pas, à mon avis, ce genre de parasites. Parce que c’est une jolie histoire d’amour avec des hauts et des bas du genre Orgueil et préjugés, et un gros malentendu qui voudrait tout gâcher. Et parce que le principe est le suivant: « J’en viens à croire qu’il faut toujours que quelque chose se casse la gueule dès que ça va bien. »

Mais c’est la définition exacte de la littérature, ça !

 

 


Sandrine,de James Osmont, la suite de Régis

 Je lis cette trilogie à l’envers, oui. Ce sont des choses qui arrivent et ce n’est pas si grave. C’est peut-être mieux d’ailleurs, de commencer par la fin.

 

 

Le remords avait asséché son âme, tel un vent d’Est lancé à travers l’hiver sur une table rase, un bocage aplani, dépourvu de défenses et de talus, sans haies ni perspectives pour boucher  l’horizon infini, inlassable, insurmontable.

 

J’ai donc plongé dans Sandrine et je suis passée par la grande porte, celle des sensations : la peur comme une  décoction lente macérée dans un bouillon goûteux, un cancer comme  une tumeur suintante, cloquée, mêlée de poils de barbe, la dépression comme une paroi vertigineuse sans rien pour s’accrocher, comme une île déserte avec des singes hurleurs, la mort avec ses sécrétions. J’ai ouvert un livre épais, gluant et odorant, un livre comme un train fantôme suffisamment sophistiqué pour faire vraiment peur. Mais je vais m’arrêter là avec mes impressions parce qu’il faut que je vous parle de l’histoire, sinon l’auteur va encore se demander si j’ai aimé son roman.

Que dire d’abord ?

C’est une histoire racontée par un narrateur extrêmement omniscient, inquiétant d’omniscience, quelqu’un qui en sait beaucoup plus que vous et emploie les mots de sa tribu avec un plaisir évident : le cingulaire antérieur rostral inhibait déjà l’hyperactivité de ses lobes temporaux... puis l’ocytonine tempéra le cerveau(...) Vous voilà bien avancé. Vous voilà projeté dans un monde qu’il tient à distance et n’attendez pas de lui la moindre confidence, le moindre rapprochement, n’allez pas lui quémander une intimité : l’auteur a mis sa blouse d’infirmier et comme tout le personnel affecté en psychiatrie, il garde vis à vis de vous son périmètre de sécurité. Parce que vous êtes malade, vous aussi ? C’est un peu ça, en tout cas vous devenez très vite, par ce procédé, un lecteur assez perturbé.

Quant à l’histoire elle-même, elle peut se lire à deux niveaux : d’abord c’est une métaphore géante de la dépression, avec son allégorie monstrueuse (Prédateur), sa victime (Sandrine), son parasite (Thorsten), ses philtres magiques (les antidépresseurs) et son talisman (un MP3). Et c’est à mon avis ce qui fait de ce livre quelque chose de très nouveau et d’assez génial. Ensuite, c’est tout simplement un livre à faire peur, avec ses trois personnages clés :

 

Il s’appelle Thorsten alias Viking666 sur son écran, il commence à tuer pour de vrai, après s’être échappé de ses jeux vidéo et de sa chambre d’hôpital. C’est un serial killer en devenir, qui a découvert un indicible plaisir : la contemplation de la peur dans le regard de sa victime, le jour où il a tué son chien. Il a eu une mère absolument castratrice, pire encore que la maladie dont il souffre et qui ne vous rend pas vraiment viril. Il a eu aussi un père immonde et tout ça ne l’a pas arrangé.

Elle s’appelle Sandrine, elle est infirmière psychiatrique et aussi sensible que Thorsten est tordu. Elle a résisté longtemps, puis a fini par se laisser prendre au piège de ses patients : la dépression s’est emparée d’elle.

Il s’appelait Régis, c’est le petit fantôme de l’histoire, le héros du livre précédent,  qui vient s’insinuer entre les deux personnages. Sandrine le soignait, Prédateur l’a poussé au suicide.

A partir de ce trio tourmenté, James Osmont vous entraine dans un thriller étonnant, sur fond de psychiatrie – un mélange d’opéra bouffon et sanguinolent et de cauchemar personnel, car c’est vrai, ce roman vient vous chercher, vous, avec vos vieilles terreurs. Et comme l’auteur est doué, parce qu’il écrit bien, très bien même, ça fonctionne. Et comme il suit l’actualité comme vous, il sait que le Mal rôde partout, à la télé, dans les salles de concert  et sous les feux d’artifice.

Ames sensibles attention, passez chez votre pharmacien d’abord !


Dolores, de James Osmont, la suite de Sandrine

L’étrange roman n’avait qu’un prénom pour titre

 

Dolores est un roman foisonnant, en surrégime, comme pour les voitures. Un roman en trop plein d’écriture, à la fois déroutant par ses excès et assez remarquable.

La nature a horreur du vide et il arrive que la littérature en soit au même point –qu’elle se gargarise de mots ( Divaguer, angoisser, s’ennuyer, exploser, rater, provoquer, désespérer, puis ne rien faire qu’errer  - on n’est pas loin de Florent Pagny) et de métaphores douteuses (La vie, le corps, tel un clafoutis, une île flottante ou un café gourmand ).

Mais la propension maniaque aux images tordues peut vous donner des petits miracles, comme cette description d’une terre labourée –du Zola très amélioré : «Ça commencerait invariablement par l’éventration des labours. La dislocation et l’enfouissement des couches épuisées. L’émergence de terreaux plus sombres, extraits du sous-sol, futur lit de semences. L’épandage des fertilisants organiques à l’odeur de musc et de vinaigre, se mêlerait aux vapeurs exhalées du ventre terrestre, sous un soleil pastel. »

C’est que ce roman fait ce qu’il veut.

 

C’est surtout qu’il est fabriqué à l’envers, et c’est ce qui fait son originalité et sa valeur : tant qu’il n’arrive encore rien de grave, vous recevez une pluie violente de mots et d’images délirantes via les cerveaux perturbés des personnages, et quand le fou dangereux arrive, l’écriture se calme, se fait plus déliée et beaucoup plus classique. Comment dire ? Il me semble que vous avez affaire ici à deux psychopathes : un vrai, qui torture et tue et fait même pire. Et un psychopathe des mots, nommé James Osmont. Tous deux se croient tout permis et ils ont tort : le meurtrier en série sera forcément puni et l’auteur risque de perdre des lecteurs en route. Des lectrices plutôt, car au vu de ses commentaires sur Amazon, le Monsieur plaît aux dames. Et pourquoi ? Parce que les femmes aiment les pirates, du genre Joffrey dans Angélique Marquise des Anges, rien n’a vraiment changé et cet auteur-là est un pirate. Mais il devrait faire attention, la littérature exige que tout soit bien tenu, qu’on garde le cap. Qu’on n’embrouille pas son lecteur dans l’épilogue, par exemple.

Cependant  les pirates, qui ont parcouru les mers, savent vous dire des choses importantes, du genre : « S’il y a des gens que l’on hait par paresse humaine, il en est d’autres qui vous saisissent ». Ou encore cette phrase sublime : « Le poisson rouge s’adapte à la taille de son bocal ». Même s’ils ont leurs moments de grande faiblesse : « Il venait de lui pisser à la gueule, de lui cracher sa morgue ». Classe !

 

Sinon, James Osmont est un orfèvre du chapitre, qui se présente chaque fois comme une énigme : le début est flou, du genre mais qu’est-ce qu’il va encore nous raconter ? Ensuite la lumière se fait et la dernière phrase, parfois hallucinante, nous force à tourner la page. Du grand art.

 

Je ne vous raconterai pas l’histoire, je ne suis pas là pour ça. Disons que vous allez vous trouver projetés dans l’univers particulier d’un hôpital psychiatrique, avec un défilé de noms à faire peur : Diazepam, Sertraline à 50 mg, Méthyl-phénidate, Olanzapine, Cyamémazine etc. Avec une Dolores maigre comme un coucou, toute tatouée et attendrissante et un Lucas pas trop défini du côté du sexe, mal en point dans sa tête parce qu’il a mis le sable avant les gros cailloux (on vous expliquera) et affublé d’un père psychiatre, grand patron de clinique. Face à eux vous découvrirez – ou retrouverez, je n’ai pas lu les romans précédents - l’horrible Thorsten, qui n’a pas d’odorat et vous balancera à la figure des relents terrifiants. Et pour finir, vous assisterez à un duel hallucinant : la colombe contre le papillon de nuit, le Bien contre le Mal. Le roman que vous êtes en train de lire se trouve déjà, dans l’épilogue, rangé dans les vieilles histoires, parce que l’auteur n’en a pas fini avec les tordus. Vous entendrez encore parler de lui.

Pour résumer, Dolores est un roman déroutant, parfois brillant, impressionnant et noir, très noir, du noir de nuit qui coagule –le contraire exact du petit Prince : vous êtes sur la planète des fous, vous n’aurez pas une lecture tranquille. Mais c’était bien le but, évidemment.

 

 

NDLR Petit lexique à l’usage du lecteur

Carassus auratus : nom savant du poisson rouge dans son bocal

Halitueux : qui est chargé de vapeurs

Sertraline : psychotrope qui vous piège la sérotonine qui vous manque, pour que vous soyez heureux.

Diazepam : anxiolytique qui vous calme, parce que chez votre pharmacien, ça s’appelle Valium.

Méthyl-phénidate, ou MPH : sorte d’amphétamine. Vous ne dormez plus, vous avez des palpitations et vous devenez agressif.

Cyamémazine : neuroleptique qui vous transforme en loucoum.

Amb-fubinaca : méthyl 2-(1(4-fluorobenzyl)-1H-indaloze-3-carboxamido)-3-méthylburtanoate, c’est à dire cannabis chimique.

James Osmont : auteur doué qui ne fait pas comme les autres.