Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Angel et Marie ou la recette d'une romance réussie

J’ai enfin compris ce qu’on appelle une romance: c’est, présenté sous forme de livre, tout ce que les femmes ont dans la tête quand les hommes passent, et qu’il ne faut pas dire tellement c’est bête. Attention, je ne suis pas en train de vous expliquer, comme beaucoup le font, que ces romans-là sont idiots. Je ne le pense pas. Pas tous en tout cas et surtout pas celui-là. Je pense qu’ils peuvent être tout simplement le reflet de quelque chose. En tout cas je m’y suis retrouvée dans mes moments de grande faiblesse, mais n’allez pas le répéter. Et c’est assez courageux tout compte fait, d’écrire ces rêveries inavouables sur deux cents pages.

 

 

Donc voici les ingrédients nécessaires à une bonne romance:

·     Il faut d’abord que ce soit très facile à lire, afin que toutes s’y retrouvent : les en forme et les fatiguées, les lentes et les pressées, les heureuses et les malheureuses (sauf celles que leurs principes enferment dans une belle image d’elles-mêmes. Elles ne liront jamais de romances). Et c’est là qu’on retrouve le fameux style fluide, qui est une absence de style et simplement une agréable façon de raconter ou de décrire : « Un peu plus à gauche, les ors du dôme des Invalides jouaient avec les rais argentés de la lune. Plus loin encore, les flèches de Notre Dame et de la Sainte Chapelle s’étiraient pour rejoindre le ciel. »

·        Il faut bien sûr un homme, mais pas n’importe lequel. Un homme consentant, qui accepte d’être beau, intelligent, mystérieux et tendre et de ne pas sentir la bière. S’il s’appelle Angel c’est encore mieux –le prénom est important, sachant qu’il est assez difficile de se faire un film avec un Roger, un Raoul ou un Robert.

·        Il faut une héroïne suffisamment passe-partout pour que chacune s’y retrouve. Ni trop belle ni trop brillante ni  sex symbol, ce n’est pas le sujet : les films que se font les femmes sont très fleur bleue, la plupart du temps. Le sexe à figures répertoriées c’est dans la vie, dans l’imperfection du réel. Donc l’amour ressemble à ça : « Alors, ils s’aimèrent. Passionnément. Lentement, frénétiquement. Doucement, fougueusement. Délicatement, ardemment (…) Marie se donna, Angel la posséda »

·        Il faut une première certitude : ce sera une jolie histoire et le couple fera l’admiration de tous. Sinon ce n’est même pas la peine de publier le livre. Les amours ratées, c’est bon pour le consul alcoolique de Malcolm Lowry, les pauvres types à cheveux gras de Houellebeq ou les âmes égarées de Philippe Djian. Leurs histoires ne sont pas jolies, elles sont magnifiques et ce n’est pas la même chose.

·        Il faut aussi une deuxième certitude : ce n’est pas une vraie histoire, on aurait trop honte, on n’a pas quinze ans non plus.  Et c’est là qu’intervient le merveilleux, qui nous sauvera : Angel est un ange, comme son nom l’indique. Il se trouve sur terre, ce si beau garçon, pour tenter les âmes noires et les faire dégager. C’est sa mission secrète, c’est SAS version filles. C’est bête mais c’est « pour de la fausse », comme on dit aux billes. C’est tout sauf la vraie vie et c’est la vie en mieux : Angel n’a jamais éprouvé de désir pour une autre que Marie. « Pour la première fois de mon existence d’ange, je ressens quelque chose au contact de quelqu’un, avoua-t-il ». Allez trouver un homme pareil dans votre entourage.

 

Il en va ainsi de la romance comme des plats cuisinés pleins de graisses cachées : elle peut paraître ridicule, elle l’est sans doute d’une certaine façon, mais elle contient quelques satanées vérités. Et elle peut être bien écrite, elle aussi. Elle en a le droit !

Je vous invite donc à lire ce roman, si vous ne faites pas partie des très nombreuses femmes qui l’ont déjà fait, à en croire la jaquette. Côtoyer les anges ne peut pas vous faire de mal et c’est promis, ils ne vous toucheront que dans vos rêves!