Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Régis, de James Osmont: suite et fin de ma lecture à l'envers

A quel moment j'ai perdu ta confiance, Régis? Pourquoi tu ne me dis plus rien? Pourquoi tu me fais subir ça?

(...)

- Mais parce que je suis fou, Sandrine.

 

Il y a la littérature feel good et la littérature feel no good. Celle-là est beaucoup plus intéressante à mon avis, surtout quand dans  le tohu bohu des personnages se glisse une espèce de danse pas vraiment contrôlée et tout aussi malsaine des mots. Nous sommes en plein dedans avec Régis (quelle bonne idée, ces trois prénoms pour une trilogie!)

Régis régisseur de rien et surtout pas de lui-même,

Rex, regem, regis le roi des malades.

C'est à dire que nous voilà plongés dans des sensations fortes, au sens premier du terme: air visqueux, "ensuqué" comme on dit dans le Sud, mots tricotés-mixés, pensées comme des résidus indigestes, une saumure, herbe qui crépite, pluie comme une cravache, crise comme une vague scélérate, goût de gâté, mie de pain grise, fromage luisant. C'est violent, limite étouffant, d'autant plus que nous nous trouvons doublement enfermés: dans une chambre d'hôpital psychiatrique d'abord, mais aussi dans une narration qui se creuse et nous emmène au fond, dans le passé du personnage, par une série de retours en arrière. Lire du James Osmont, c'est mettre les pieds dans une terre meuble, c'est faire une drôle d'expérience de claustrophobie. Je vous rassure, on s'en remet et un jour si tout va bien, cet auteur réduira ses livres de moitié, ne conservant que le strict nécessaire, l'essence de son talent. Et alors, vous verrez ce que vous verrez.

 

Régis n'a rien à lui, même pas sa tête. Petit Van Gogh criminel exilé en littérature et privé d'un morceau d'oreille, il a quand même au-dessus de lui la plume de son auteur, une plume hyperactive, soûlante par moments mais capable d'écrire les plus belles choses du monde:

Ce jour sans clarté mourait de n'avoir jamais débuté.

Autour de Régis tout est grave et compliqué: les attentats islamistes terrorisent la France, le FN voit ses scores monter, dans sa prison l'horrible Prédateur joue au jeu du pervers narcissique et dans un hôpital, ce sera encore plus drôle pour lui. Sandrine l'infirmière cinquantenaire craque pour son petit patient, l'étudiante l'observe et le vampe et dans ce qui ressemble à la vraie vie, Amine le Kabyle contemple tout ce désordre, cette agitation des âmes tourmentées, prises dans les filets des relations toxiques. Comme un écrivain occupé à relire les délires qu'il a construits.

Il en fallait bien un sain d'esprit!