Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Le baiser de Pandore, t 1 (Patrick Ferrer)

Le désespoir est le moteur de la vie. C'est l'énergie qui la pousse à s'accrocher à la moindre rocaille, à défier le désert, à surgir de la terre calcinée (...) Sans le désespoir, rien ne survivrait.

C'est un mort qui parle et c'est moi qui ai choisi ce passage. Carmen était en train de s'égarer, il était temps que j'intervienne. Elle avait choisi: 

Il était tombé sur un os et devrait se contenter ce soir de cirer son pingouin favori. 

Cirer son pingouin, je n'avais jamais entendu ça, m'a-t-elle dit en rougissant.

Sacrée Carmen!

 

LA CHRONIQUE DE LA PETITE ESPAGNOLE

Quand un roman est bien écrit, il peut vous emmener où il veut. Même dans les arcanes de la politique et des services secrets, même dans les bureaux ministériels, même en Russie. Et c'est le cas de celui-ci.

Comment vous dire?

C'est un livre d'homme, qui se lit comme on regarde un film, mais à mille kilomètres de mon univers. C'est un roman d'enquête, d'espionnage et de mystère, au secours, peuplé évidemment de quelques belles créatures, pour le confort de l'auteur (1): une Samantha à la poitrine rebondie, une Comtesse vieillissante mais encore assez sublime, deux jumelles aux yeux gris, une serveuse en pull échancré, une aubergine en bas noirs (qui simule forcément, vu ce qu'elle est en train de faire, mais comme l'auteur est un homme son personnage ne s'en rend pas compte). Et justement, les jumelles. Elles m'ont conduite jusqu'à la fin du roman, avec cette façon qu'elles ont de devenir interchangeables et cet amour qui les lie, avec leur tragédie originelle et le pensionnat qui les a coupées du monde. L'une douée, l'autre pas. L'une sacrifiée, l'autre innocente. Les deux absolument dangereuses. Les deux assez envoûtantes.

Et puis il y a Paris et quelques très jolies lignes: 

L'île de la Cité était silencieuse. Les murs de la tour pointue prenaient des teintes irisées dans le soleil levant. Un léger brouillard couvrait la Seine, dissimulant sa couleur maladive.

Et cette image ensoleillée de ma jeunesse à Neuilly:

Ici les rues étaient propres, silencieuses. Plein de place pour se garer. Nous avions laissé la grisaille à la porte Maillot. Il ne pleut jamais chez les riches.

 

Julien Delatour, chercheur en biochimie, a été assassiné et l'on dispose de la coupable idéale: la Russe Délia Olevnaya. Elle porte une robe de soirée maculée de sang, dit ne se souvenir de rien. Et évidemment, comme dans toute enquête digne de ce nom, "plus on avance et moins on avance". 

Celui qui est chargé de l'enquête, le commissaire Heyland, un concentré de charme au passage, n'est pas encore commissaire divisionnaire et il aimerait bien, histoire d'avoir à son service la belle Samantha et de disposer d'une vraie machine à café. Sinon il a 24 heures pour boucler l'affaire, les cheveux poivre et sel, des souvenirs qui le hantent (quelques mauvaises affaires) et il fait des rêves qui ont l'air vrais et voit des couples enlacés dans les motifs des tapis. Bref il est attachant, très attachant, tour à tour léger et profond.  Et le voilà "enquêteur d'une affaire close", face à une coupable toute trouvée qu'il pense innocente.

Mais il faut se méfier des femmes, tous les hommes un tant soit peu lucides le savent. Et puis Pandore, du temps de l'Olympe, a reçu le don du mensonge de la part d'Hermès, j'ai vérifié.

 

1 Il y a quand même une moche, mais elle ne fait que passer: une concierge "aussi aigre qu'une prune japonaise". Vous apprécierez l'image.