Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Un saint homme, d'Anne Wiazemsky

-Putain ce livre!!!

- Mais comment tu parles, Carmen?

Lui, dit "Saperlipopette!" ou "Nom d'une pipe en bois!" quand il est étonné. J'ai abandonné Carmen auprès de ce personnage, elle était absorbée, n'a pas vu le soleil tourner.

Je l'ai récupérée toute rougie et ravie.

Ce livre a été écrit par la petite fille de François Mauriac, ex épouse de Godard -éditée par complaisance sûrement au départ, puis pour cause de talent, forcément.

 

"Alors, pourquoi je ne dois pas lire Alfred de Musset?" Le père Déau, dépassé par ma fermeté et mon insistance, avait alors eu cette phrase qui encore aujourd'hui me fait rire: "Parce que, parce que c'est... un patachon!

 

Il s'appelle le père Déau, il a une barbe blanche comme le père Noël, il est bon comme le pain et il a quitté Caracas à cause d'elle.

Elle a dix ans quand elle arrive dans sa classe de Français, ensuite elle est adolescente et ses rédactions émeuvent le petit prêtre. Il est tout jeune encore et...

Et rien. Il ne se passe rien sinon un profond attachement, en dépit des mauvaises langues. Mince alors, ça ne va pas nous faire un best seller, une histoire pareille: une jeune fille plutôt très réussie et un curé sage, une femme connue et un prêtre obscur -ça nous fera juste un très joli livre, aux pages pleines de charme et de sentiments profonds, avec le fantôme de la maison de François Mauriac à Malagar. On devrait toujours garder les maisons de famille.

 

Le temps a passé, le père Déau téléphone un jour à son ancienne élève, qu'il vient d'entendre sur France Inter. Il va venir la voir, il se trouve lui aussi à Bordeaux, il est tout content. Il est fier d'elle aussi, fier de la femme libre qu'elle est devenue. Elle écrit et il défendra ses livres, face à un aréopage de mauvaises langues qui n'en ont pas lu une ligne. Il parlera de ses rédactions, de ce talent, déjà.

 Elle vit sa vie, une vie de patachon  et il comprendra.

 

Le père Déau courait en soutane derrière un ballon de foot à Caracas, à Bordeaux il occupe une chaise du premier rang à la librairie Mollat, pour lui faire plaisir parce qu'elle y parle de son dernier livre.  Et dans le coeur de la lectrice lambda que je suis, voilà qu'il s'est fait une petite place. Il y a des personnages, comme ça, qu'on ne verra jamais en vrai et qu'on a pourtant la certitude d'avoir un peu connus. C'est là la magie de ce petit livre tout rempli de tendresse. Et la tendresse, c'est quand même une valeur sûre!