Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Elise, de lUCA t

 

 Donc si tu parles à quelqu’un qu’est plus âgé, tu le vouvoieras.

—Mais tout le monde est plus âgé que moi, Mama !

—Mais non !

—Mais si ! Papa et toi, vous êtes plus âgés !

 

Tout le monde pour Elise, c’est papa et mama Sim, ce qui ne fait pas grand monde. Et le monde c’est le Refuge, qui est plus grand qu’un placard mais quand même. Et tout ça va nous faire le dernier roman de Luca T, une histoire d’enfermement construite à l’envers.

Je sais ce que vous allez me dire, que vous connaissez ce scenario, que vous l’avez vu au cinéma, lu dans les colonnes de faits divers. Mais vous ne connaissiez pas cette drôle de voix et vous ne pensiez pas retrouver autant de livres dans un réduit pareil, insalubre et bien fermé. Allez voir votre bibliothèque : ils sont tous là, entre ces quatre murs et ça va vous faire tout drôle, vos lectures dans la cachette d’un tordu.

 

Et vous allez écouter cette voix, que vous imaginerez un peu cassée, voilée, déformée par la force des choses. Si enfantine et en même temps adulte. Flottante, histoire de vous mettre bien mal à l’aise. Vous allez écouter Elise, la petite fille enfermée avec sa collection de mots et coincée entre son seau, que Mama Sim vide tous les jours, et la littérature. Entre l’horreur du concret et la magie de l’abstrait. Elise vous parlera du petit Prince et de l’Ile au trésor, d’un alphabet-chante avec moi s’il te plaît, de Jimbo son ami fidèle, de Mama Sim qui ronfle et de papa qui arrive et vous, vous allez déraper –vous casser la figure dans ce monde flou où une enfant n’a plus d’enfance ni d’âge, parce qu’elle a  le vice . Vous allez vous dire mais qu’est-ce qu’on nous raconte là ? Mais vous le savez bien, ce qu’on vous raconte et vous aurez beau vous raccrocher aux inflexions enfantines que peut prendre la voix , à la bonhommie de Mama Sim, au décor campagnard et à la couverture du Comte de Monte Christo, il y aura toujours un « sauf que ».

Sauf qu’Elise ne peut pas sortir

Sauf que ce prénom ne pourra pas sortir de votre tête, non plus

Sauf que Luca T a décidé de vous faire du mal, cette fois

Et sauf que revoilà Achille, on l’avait oublié.

 

Vous aurez toutefois droit à une bouffée d’air avec Claire, qui arrive dans le refuge comme vous êtes entré dans le roman, vous. Avec son bon sens, son franc-parler et ses certitudes. Mais vous vous direz très vite que rester en apnée aurait été préférable.

Et vous vous méfierez éternellement de la Rochelle, des boules de glace et des Peugeot 205.

 

Sinon, si vous aviez oublié le style si particulier de Luca T, lisez ça :

« Les arbres étaient immenses. Comme la forêt. Même le soleil ne s’aventurait à travers les frondaisons qu’avec une inhibition maladive. Introverti, le soleil ? »

 

Bienvenue au pays du soleil coincé !