Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Le silence des aveux, d'Amélie de Lima

Ce qui est empoisonnant avec les thrillers, c’est que quand ils sont écrits par des femmes- ce qui arrive de plus en plus souvent- elles s’efforcent de faire comme les hommes. Et tous ces romans finissent par se ressembler.

Ici c’est différent : c’est bien une femme qui écrit, une femme dans le genre bonne copine, qui a décidé de tout vous dire parce qu’elle est bavarde, et de vous dire ce qui l’a intéressée, elle. Voilà donc le roman noir qui s’invite chez Sephora, parce qu’il s’occupe de la couleur d’un rouge à lèvres, tandis que l’homme qui se penche sur la jeune femme évanouie porte non pas un jean, mais un 501, nuance. Et que des prostituées sur le trottoir ressemblent à une pub Benetton.

C’est la première chose qui m’a plu –et étonnée- dans ce roman, ce naturel absolument désarmant, cette narratrice qui remarque au passage que son personnage se met un peu de sérum sur les pointes.

Pourtant tous les ingrédients du roman noir sont là, et parfaitement maîtrisés : des enfants sacrifiés à la folie des adultes, des jeunes femmes torturées, violées, assassinées, la signature de l’assassin (un mot : délivrance) et les rapports complexes entre le patient et son psychiatre, pour nous mettre en condition. Avec en prime le saut de l’ange du lecteur, dans les dernières pages. Tout cela dans un environnement minutieusement décrit, évoqué avec délectation : vous vous trouvez à Lille et rien ne vous échappera. C’est un roman dans lequel on entre lentement, c’est une histoire qui prend son temps et le pari était risqué : pourquoi décrire un immeuble lillois depuis sa façade jusqu’à ses différents bureaux ? La réponse me paraît évidente : parce que l’auteure avait envie de le faire, parce qu’elle a eu la bonne idée de suivre son instinct. Et c’est à mon avis la clé de ce livre : il s’agit du roman d’une femme libre ( beaucoup plus libre que ses héroïnes). Et tranquille, au milieu de personnages enfermés dans leurs démons et leurs mauvais souvenirs.

 

Un petit courant d’air frais arrive dans le monde du thriller, qui devient de plus en plus convenu, merci Amélie de Lima !