Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


La distance, Alexandre Steiger

C’est ça ton problème, Alexandre. Tu places l’amour comme une valeur suprême. Tu investis trop de choses dans ce mot. Tu exiges de l’amour qu’il corrige la médiocrité du monde. Mais c’est impossible. Tu peux exiger cela de la littérature, ou de la peinture, ou de tout autre art. Mais pas de l’amour.

 

Celui qui parle s’appelle Francis, il collectionne les amoureux dans un loft sublime. Là, il vient d’essayer un roux –mais le roux s’était rasé.

Nous sommes dans un premier roman, Alexandre est comédien au chômage, il a deux ex, deux enfants, une fuite d’eau dans l’immeuble et Jeanne vient de le quitter. Il lui faut trouver 1247 euros pour la fuite d’eau et n’importe quoi pour se consoler et oublier Jeanne. Car c’est un amoureux comme on n’en fait plus, un transi (J’aurais pu faire une déclaration d’amour au milieu d’une partouze), un utopiste.

Quant à l’autre Alexandre, l’auteur, il fait des équations : A(U)J = Alexandre (Union) Jeanne et non pas A(I)J = A (Inter) Jeanne. Et de temps en temps il sort ses banderoles (la chemise blanche d’Air France, le Medef et les artistes, les frais de divorce). C’est dommage, on en oublie son histoire d’amour.

Il semble surtout qu’il participe à un concours : écrivez le plus grand nombre de métaphores possible dans votre roman. Le gagnant sera édité.

 

Les métaphores d’Alexandre Steiger, florilège

 

Chagrin d’amour en cuisine

La perte de l’amour, c’est non seulement la perte d’un sourire fait à la boulangère, mais aussi le doublement du prix de la baguette.

Après avoir vécu d’amour et d’eau fraiche, je vivais de spaghettis et de Danette au chocolat.

Jeanne avait dessiné un cœur dans une purée de petits pois. Mais je l’avais mangé pour qu’il m’appartienne.

Déficit amoureux

Je me rendis compte  que j’étais entré dans le microcrédit de l’amour. Celui réservé aux pauvres. Je ne pouvais plus prétendre lever l’emprunt d’un seul et  unique bonheur.

 

Voilà Alexandre pris, pour tout arranger, dans des complications juridiques que l’autre –celui qui n’écrit pas très bien- appelle le prisme réducteur d’une vision légaliste de la vie.

Le voilà aussi condamné à oublier Jeanne et à comprendre que la distance, si elle est douloureuse, finit par créer un concept (le mot plaira à l’auteur) éminemment romantique : celui des amours impossibles.

 

Et pardon Monsieur Steiger, vous êtes sûrement un très bon comédien !