Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Nos vies, de Marie-Hélène Lafon

Un roman pour faire vos courses autrement

 

 

Nos vies ont coulé, les leurs et la mienne. A Paris, dans le métro, pendant quarante ans, j’ai happé des visages, des silhouettes de femmes ou d’hommes que je ne reverrais pas, et j’ai brodé, j’ai caracolé, en dedans, à fond, mine de rien (...) Pendant quarante ans je me suis enfoncée dans le labyrinthe des vies flairées, humées, nouées, esquissées(...)

 

Il y a dans cette rentrée littéraire une romancière qui respire fort et parle, parle et ne laisse pas parler ses personnages. Elle s’appelle Marie-Hélène Lafon, elle a écrit il y a longtemps Le jour du chien, un roman magnifique et cette fois, elle nous emmène dans un Franprix, caisse numéro 8. Là trône la Slovène Gordana aux seins extraordinaires. Et entre la romancière déguisée en femme solitaire et triste et la caissière blonde, accorte et violente qu’elle observe, rôdent deux hommes fantomatiques : Karim et Fortunato Horacio. L’un existe, l’autre pas. L’histoire existe, ou pas. Car à grands coups de conditionnels, Marie-Hélène Lafon nous fait passer d’un niveau de fiction à un autre : il y a le roman que vous lisez et celui que vous pourriez lire, aussi. Le roman et sa série de possibles, du genre : on joue à compliquer les choses, on va dire que la caissière n’est plus caissière mais employée du métro. C’est original, très étrangement écrit avec des moments de grand désordre où les mots se collent les uns aux autres et où ça déborde, comme les seins de Gordana. Des moments où le langage a trop d’épaisseur et vous vous dites alors mais qu’est-ce qu’elle nous fait là ? Est-ce qu’elle va arriver au bout de son histoire ?

J’aime bien sentir les écrivains en équilibre instable, en désarroi –même s’ils font semblant.

Sinon, c’est aussi un roman brutal, où l’on « attrape » quinze ans, où l’amour vous frappe et vous happe et où les mots s’essoufflent. C’est un roman très physique qui vous fatiguera, je vous préviens, mais il y a parfois de bonnes fatigues.

Et puis vous y penserez, la prochaine fois que vous irez dans un Franprix, et ça vous changera les idées quand vous passerez à la caisse. Mais si la caissière est blonde avec une grosse poitrine et qu'elle a un accent slave, ne lui dites pas que je vous ai parlé d'elle!

Je suis un paragraphe. Cliquez ici pour ajouter votre propre texte et me modifier. Je suis l'emplacement idéal pour raconter votre histoire et pour que vos visiteurs en sachent un peu plus sur vous.