Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Nous danserons encore sous la pluie, de Valérie Bel

 

Oui, il m’est parfois arrivé d’éprouver un désir si puissant qu’il en était effrayant. Mais ô combien j’ai aimé ces moments où la peau palpite, où la chair vibre, où la vie puise avec fracas dans tout le corps !

 

Non, ce n’est pas un roman libertin du XVIIIème, c’est... imaginez une Mme de Lafayette dévergondée. Car c’est un roman d’analyse que nous propose Valérie Bel, l’analyse d’un sauvetage : Damien est devenu amnésique et sa femme va tenter de le récupérer. Elle lui fera le coup des souvenirs, le coup de la jalousie, le coup du porte-jarretelles, le coup de l’amour. Quant à vous, lectrices, elle vous fait le coup de la métaphore : Je ne voulais pas me contenter d’être l’effigie décorative en haut de la pièce montée. Dans notre crédit d’amour, les intérêts ne me suffisaient plus .

Et ça marche, si j’en crois les commentaires dithyrambiques que le roman a obtenus. Si j’en crois aussi le plaisir que j’ai pris à lire ce roman sur la plage. Seulement personnellement, Mme de Lafayette je la préfère sage : les pages de sexe « normal » (il y en a pas mal dans la deuxième partie du livre) n'ont rien à voir avec la littérature, selon moi. Et elles peuvent s'avérer dangereuses, car  il peut y avoir contamination du style (Tant de mois d’abstinence m’avaient forgé un désir qui rendait tout préliminaire superfétatoire.)Les romans exigent du sexe extraordinaire, inédit ou violemment suggéré, pas ce que vous et moi faisons à la maison et je crois qu’il faut laisser ça à la vie, à moins d’être Anaïs Nin ou Catherine Millet, qui parviennent à sublimer nos figures les plus ordinaires. Mais ce n’est que mon avis.

Ce roman n’en reste pas moins une jolie célébration du couple et du désir. Et une analyse très fine des gestes amoureux : une main qui se pose sur la vôtre, un regard sur votre dos dénudé, un baiser. Et la fameuse scène d’essayage avant l’arrivée de l’amant, qui ramène à nous le fantôme magnifique de la belle Ariane au bain qui attend son Solal et ne parle plus du tout la langue d’Albert Cohen :  R-serviette nouée autour de mon buste. Re-chambre. Le top miracle. Re-salle de bain. Re-essayage. Re-miroir, ô miroir... Il y a là une sorte de carte du tendre version 2017 qui demandait un certain talent pour ne pas tomber dans le ridicule ou l'Harlequin.

 

Désemparée parce que Damien la rejette, prise entre celui qu’elle aime plus que tout  et un grand blond aux dents blanches qui arrive pile quand il faut, la narratrice nous démontrera, si nous en doutions, qu’un grand amour c’est un grand amour. Et c’est plutôt réconfortant. Et oui bien sûr, ils danseront encore sous la pluie.