Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


La vie à fleur de terre, de Maud Tabachnik

Le commissariat sentait la pisse et la chaussette chaude. C’était pas nouveau. Faut dire que le plus clair de la clientèle était composé de malpropres.

 

Oui, c’est glauque, ça ne sent pas bon et ça ne va pas s’arranger. En même temps quand on lit un policier, il faut s’attendre à ce genre de choses. Ajoutez à ça un style « au couteau », du genre vous allez voir ce que vous allez voir... vous voilà très vite dans l’ambiance. Vous allez retrouver le figures imposées du genre en matière de personnages : le policier soupe-au-lait et les deux adjoints insipides, le médecin légiste méticuleux et caractériel, le mort très mort et bien abîmé, le délinquant au grand cœur et les voyous dégénérés. Avec en prime des noms à coucher dehors : Fétiche, Rouget, Charlie la Braguette, Titi Martin.

Mais il y a Mabel la belle, qui sent les fleurs du soleil. Et derrière elle, c’est à dire à la page suivante, une jolie phrase : cette aube-là était si rose que l’horizon était confiserie.

Lucas et Mabel ont pris la fuite vers le bonheur, Lucas achète une robe et un chapeau à Mabel, on oublie le corps passé sous un train, on oublie la police, la fusillade, on fuit et l’on a l’impression que ça n’arrêtera jamais : la mer sans arrêt roulait ses galets. Oui je sais, cette phrase est d’une banalité à mourir, mais Maud Tabachnik n’a peur de rien et c’est ce qui me plaît chez elle. Comme me plaisent ces miettes qu’elle laisse traîner en intruses au milieu du scenario de polar et qui se faufilent sur les routes et parmi les skinheads, qui ne doivent pas en croire leurs oreilles : En bas, la mer reposait dans ses reflets d’argent (il fallait oser)... Ils démarrèrent façon Indiens... Les voitures circulent sur la pointe des pneus.

Et puis il y a l’amour qui traîne aussi, et ce qui naît de l’amour tout au bout de la route. Avec toujours les immondices pour l’ambiance, un homme qu’on enterre vivant, un crâne qui explose –les amateurs du genre seront servis en matière de violence, bien sûr. Mais sans doute ne s’attendent-ils pas à ce que le roman tombe dans l’épopée –autre marque de fabrique de l’auteure, il me semble, que ce basculement anachronique et assez génial dans le roman de chevalerie, par moments :

Supplications inutiles.

Promesses intenables.

(...)

En deux enjambées l’épouvantail fut sur lui, balaya de son arme l’hideuse face, l’écrasant sous le coup asséné, modifia irrémédiable sa structure qui éclata.

Et n’allez pas chercher la logique de ce langage-là, qui ne fait que suivre la violence inouïe de la scène et disloque ses phrases, du coup, comme on casse son jouet.

Bref vous aurez droit ici à un road-movie bien  sûr, mais surtout à un festival en 250 pages : beaucoup de haine, beaucoup de bruit... beaucoup d’amour tout au bout.

 

 

Remerciements

Merci aux éditions de Borée qui m’ont envoyé ce livre.

Merci à Maud Tabachnik pour son style qui m’a heurtée, amusée, finalement séduite –vraiment séduite.

Merci à Lucas le héros, qui est un beau héros.

Merci au nain qui n’aurait pas dû se jeter par la fenêtre.

Merci à Mabel, qui ne peut pas voir ce livre ni lire mon article.

Merci à la mer qui remue ses galets.