Le blog de la petite espagnole


72 heures pour sauver le billet vert (Patrick Jaulent)

Alors que l’ennemi ne s’y attend pas du tout, l’assaillant mobilisera secrètement une masse de capitaux et lancera une attaque surprise contre ses marchés financiers. Après avoir provoqué une crise financière, il opèrera une attaque de ses réseaux grâce à des virus implantés à l’avance dans les systèmes informatiques de l’adversaire et à l’intervention d’équipes de pirates informatiques.

 

C’est écrit dans l’Art de la guerre de Sun Tzu et c’est exactement ce qui arrive : le héros Steve alias le Samouraï, est occupé à pleurer la mort de son meilleur ami quand on lui apprend l’impensable, la pagaille à Wall Street où les marchés financiers s’écroulent, la pagaille dans les rues avec un embouteillage monstrueux à New-York: les cyber-guerriers de Shangai ont pris les armes, c’est à dire leur clavier et quelques virus à injecter. Il s’agit de soumettre l’ennemi sans combattre, juste en le désorganisant. Il s’agit de détruire Coca Cola, Facebook, Citigroup  et autres fleurons américains sans passer par l’arme nucléaire. Puis de contempler le désastre partout dans le monde : Mazda, Toyota et Sony s’effondrent, à Paris comme à Berlin on  devient fou, tandis qu’en Inde la roupie dégringole : c’est le grand jeu des dominos qui tombent.

 

Et en dehors de l’Art de la guerre il est aussi écrit, quelque part dans les Petits livres rouges de l’autoédition :

Tu surprendras ton lecteur, tu le frapperas, il aime ça.

Et tu écriras au présent, sinon il ne suivra pas.

Tu choisiras un héros qui te ressemblera

Et une jolie fille avec un prénom en A ( et des dentelles noires sous ses jupes, n’oublie pas).

Tu feras courir ton héros le long de Central Park, pour que ton lecteur prenne l’air un moment.

Tu penseras Conspiration, Catastrophe, Bouleversement, Menace.

Tu éviteras les temps morts, les descriptions, les phrases qui traînent.

Mais tu pourras t’attarder sur le bureau ovale quand même (dix lignes et tu arrêtes, sinon tu auras de mauvais commentaires).

Tu raconteras une histoire dans l’histoire, une histoire qui n’a rien à voir, celle  d’une princesse transformée en mandarine. Parce que c’est toi l’auteur et que tu fais ce que tu veux, tu es libre.

Puis tu montreras un monde qui s’écroule, un vrai cauchemar après la mandarine. Ce qui s’appelle faire des hauts et des bas.

Tu verras grand, baladant ton lecteur dans le monde, depuis New-York jusqu’à Paris en passant par le Brésil.

Tu ajouteras une course-poursuite à Beyrouth, des lance-grenades et tout ce qui plait aux garçons.

Et tu feras des dialogues, beaucoup de dialogues

Que tu réussiras, parce que tu sais très bien faire ça.

Mais surtout, surtout, tu convoqueras l’Histoire et les politologues, les prophètes de malheur et quelques vieux livres de classe

Juste pour nous inquiéter. Nous dire que tout ça pourrait arriver.

Voilà exactement ce que vous trouverez dans ce livre, mais je ne pense pas que Patrick Jaulent ait besoin de conseils. Je pense –pour avoir suivi l’évolution de ses écrits au fil des années- qu’il y a quelque chose d’inné en lui : le sens de la modernité.

Et l’énergie, qu’il insuffle à ses personnages. Et cette facilité évidente, limite énervante.

 

Vous allez donc lire un roman de politique fiction dans l’air du temps et suivre l’aventure de Steve, un américain passionné de culture asiatique et disciple d’un maître de taekwondo, qui lui a appris à casser des planches et à survivre à la mort de sa femme et de son fils. Car le 11 Septembre est passé par là et a changé les donnes : désormais, le rêve américain a des accents de tragédie.

Au service d’un Président des Etats Unis clone de Kennedy, Steve va orchestrer la riposte américaine aux attaques de la Chine : Shot Tiger est en route.

Voilà pour le sujet.

Sinon...

 

Bien décidé à faire ce qu’il veut quand il le veut, Patrick Jaulent revisite pour nous la confrontation de deux grandes puissances mondiales. L’Histoire lui appartient, il peut lancer ses F2 japonais dans la bataille, faire grimper l’euro et nous plonger au bord du chaos. Il peut écrire sur le prompteur de CCTV News la fin de l’empire américain. Il peut nous montrer tous les pays qui tremblent et placer les Etats Unis et la Chine face au miroir d’Alice : de l’autre côté de ce miroir sommeille une vieille histoire, celle du pouvoir établi d'Athènes  et de la  montée en puissance de Sparte. Patatras... c’est le piège de Thucydide, il paraît qu’à la fin c’est la guerre.

Il reste 72 heures pour y mettre fin.

 

 


Je suis mort hier... et je suis enfin moi!, de Patrick Jaulent et Christine Carron

 

Tu te souviens de moi ? Je t’ai connu il y a pas mal de temps. Tu étais tout petit, encore en quelques pages. Empêtré dans tes fautes, tes hésitations...

—Ah, tu te mets à parler aux livres, maintenant ? Tu devrais arrêter ton blog...

—C’est que ton succès me touche, figure-toi.

—Et ça n’est pas fini, tu verras. Mais vas-y, commence ta chronique. On ne sait jamais, et si c’était ton dernier jour, à toi ? Tic tac tic tac....

 

Ma chronique, donc.

 

Combien de temps... Combien de temps encore ? Des années, des jours, des heures, combien ? Quand j’y pense, mon cœur bat si fort... Mon pays c’est la vie. Combien de temps... Combien ? Je l’aime tant, le temps qui reste... Je veux rire, courir, pleurer, parler. Et voir, et croire, et boire, danser, crier, manger, nager, bondir, désobéir. J’ai pas fini, j’ai pas fini. Voler, chanter, partir, repartir, souffrir, aimer.

 

Ce roman possède à mon avis tous les ingrédients nécessaires au succès : du mouvement d’abord, une impression constante de course contre le temps : vous ne vous ennuierez pas. Un personnage à deux visages ensuite, à la fois insupportable et touchant. Et puis un message d’espoir et une leçon de vie, avec en prime une invitation à la réflexion (l’éternel problème du destin), qui n’est qu’une invitation. Car vous n’êtes pas non plus obligé de réfléchir et vous pourrez vous en tenir à l’impression que vous avez réfléchi. C’est le secret de Patrick Jaulent, cerveau capable de vous faire croire que vous pourrez le suivre sans effort.  C’est à mon sens aussi le secret de pas mal de best-sellers aujourd’hui : ils nous proposent du fond et du demi-fond.

 

Que nous dit ce roman ? Que l’être le plus superficiel et le plus imbuvable qui soit peut se racheter, et c’est plutôt réconfortant. Et qu’il existe des mondes parallèles au nôtre, ce qui nous console de notre finitude. Ainsi, dans l’un des mondes se trouvent Patrick Jaulent et Christine Carron qui écrivent un drôle de roman. Dans un autre il y a John, le héros de ce drôle de roman, chirurgien plasticien cynique confronté à l’horloge du temps : tic tac tic tac, demain il va mourir et il serait temps qu’il comprenne ses erreurs.

Memento mori. Et heureusement, il y a les étoiles.

Dans l’un des mondes, les deux auteurs comptent leurs étoiles sur Amazon et dans un autre, John prononce un discours devant les étoiles d’Hollywood. Tandis que le roman nous avertit : « soyons humbles, nous ne sommes que poussière d’étoiles ».

De Los Angeles à San Francisco, Patrick Jaulent et Christine Carron nous plongent dans le décor bling bling et factice d’une Amérique qui perd son temps, et son âme. A l’intérieur de ce décor, une voix alias Charles alias Carolus apporte au héros une parole sublime et anachronique : l’essentiel est ailleurs, il suffit d’écouter l’Univers et de laisser faire l’Amour. L’essentiel est magnifique et à notre portée.

Et la haine, alors ? Et la vanité et la violence ?

Elles finiront par arriver, bien sûr. Vous avez entendu parler du Diable ?

 

Le Diable déteste les étoiles.