Les lectures de Carmen

Le blog de la petite espagnole


Je suis mort hier... et je suis enfin moi!, de Patrick Jaulent et Christine Carron

 

Tu te souviens de moi ? Je t’ai connu il y a pas mal de temps. Tu étais tout petit, encore en quelques pages. Empêtré dans tes fautes, tes hésitations...

—Ah, tu te mets à parler aux livres, maintenant ? Tu devrais arrêter ton blog...

—C’est que ton succès me touche, figure-toi.

—Et ça n’est pas fini, tu verras. Mais vas-y, commence ta chronique. On ne sait jamais, et si c’était ton dernier jour, à toi ? Tic tac tic tac....

 

Ma chronique, donc.

 

Combien de temps... Combien de temps encore ? Des années, des jours, des heures, combien ? Quand j’y pense, mon cœur bat si fort... Mon pays c’est la vie. Combien de temps... Combien ? Je l’aime tant, le temps qui reste... Je veux rire, courir, pleurer, parler. Et voir, et croire, et boire, danser, crier, manger, nager, bondir, désobéir. J’ai pas fini, j’ai pas fini. Voler, chanter, partir, repartir, souffrir, aimer.

 

Ce roman possède à mon avis tous les ingrédients nécessaires au succès : du mouvement d’abord, une impression constante de course contre le temps : vous ne vous ennuierez pas. Un personnage à deux visages ensuite, à la fois insupportable et touchant. Et puis un message d’espoir et une leçon de vie, avec en prime une invitation à la réflexion (l’éternel problème du destin), qui n’est qu’une invitation. Car vous n’êtes pas non plus obligé de réfléchir et vous pourrez vous en tenir à l’impression que vous avez réfléchi. C’est le secret de Patrick Jaulent, cerveau capable de vous faire croire que vous pourrez le suivre sans effort.  C’est à mon sens aussi le secret de pas mal de best-sellers aujourd’hui : ils nous proposent du fond et du demi-fond.

 

Que nous dit ce roman ? Que l’être le plus superficiel et le plus imbuvable qui soit peut se racheter, et c’est plutôt réconfortant. Et qu’il existe des mondes parallèles au nôtre, ce qui nous console de notre finitude. Ainsi, dans l’un des mondes se trouvent Patrick Jaulent et Christine Carron qui écrivent un drôle de roman. Dans un autre il y a John, le héros de ce drôle de roman, chirurgien plasticien cynique confronté à l’horloge du temps : tic tac tic tac, demain il va mourir et il serait temps qu’il comprenne ses erreurs.

Memento mori. Et heureusement, il y a les étoiles.

Dans l’un des mondes, les deux auteurs comptent leurs étoiles sur Amazon et dans un autre, John prononce un discours devant les étoiles d’Hollywood. Tandis que le roman nous avertit : « soyons humbles, nous ne sommes que poussière d’étoiles ».

De Los Angeles à San Francisco, Patrick Jaulent et Christine Carron nous plongent dans le décor bling bling et factice d’une Amérique qui perd son temps, et son âme. A l’intérieur de ce décor, une voix alias Charles alias Carolus apporte au héros une parole sublime et anachronique : l’essentiel est ailleurs, il suffit d’écouter l’Univers et de laisser faire l’Amour. L’essentiel est magnifique et à notre portée.

Et la haine, alors ? Et la vanité et la violence ?

Elles finiront par arriver, bien sûr. Vous avez entendu parler du Diable ?

 

Le Diable déteste les étoiles.