Le blog de la petite espagnole


L'appel des Launeddas, de Muriel Martinella

Le gros avantage avec l’autoédition, c’est que vous faites souvent la connaissance des auteurs avant de lire leurs livres. D’où cette confrontation entre le profil Facebook et les doigts qui ont tapé le texte. C’est parfois étonnant.

Muriel Martinella m’avait laissé l’image d’une belle femme spontanée et pétillante, je me suis retrouvée devant une écriture amoureuse mais méticuleuse – une façon presque maniaque de mettre en place les fils, de manière à créer une inquiétude chez le lecteur. Une véritable inquiétude, qui donne tout son intérêt à ce roman. On ne vous laissera pas tranquille, jusqu’à ce qu’un étrange voisin se dévoile et commence son cinéma. Là, on y croit ou pas, j’avoue que je suis plutôt réservée, je ne suis pas bon public pour les histoires de mages. Mais je tiens à saluer ici la mise en place des choses : les arrière-plans (le journal de Marie, les allusions à la prison, la bande son de Colin), le motif poétique de la malédiction des Launeddas et ces descriptions très travaillées (un pur plaisir) qui viennent fabriquer une musique de fond : A travers les fenêtres du salon, le jour poursuivait son déclin, rosissant la bordure des nuages blancs, assombrissant les gris qui zébraient le ciel au-dessus des montagnes. C’est très joli, quand les phrases font de la broderie et vous me pardonnerez, mais c’est un art qui se perd –et se perd beaucoup chez les autoédités.

 

J’en viens à l’histoire, vous allez vous fâcher et vous laisserez tomber mon blog.

Eve est la fille de Marie et Colin, Juliette est sa tante et la conversation nocturne entre les deux femmes, alimentée par des litres de café, constitue le fil directeur du récit, pour aller finalement rejoindre sa part d’ombre.

Marie et Colin s’aiment, Marie travaille dans un salon de coiffure, elle est pleine d’attention pour Colin qui peut lire à livre ouvert dans le cristal de ses yeux. Les deux amoureux s’installent à Annecy, la ville leur plaît et leur appartement aussi. C’est joli et tendre mais Marie ne peut pas avoir d’enfants. Et un curieux voisin, espèce de mage guérisseur à la petite semaine –hypnose, jeûne et tout le tralala – prétend pouvoir faire quelque chose pour elle. Il s’appelle Iddo Cellini et des Iddo Cellini, il en existe partout. Ils sont plus ou moins dangereux, celui-là est diabolique.

 A partir de cette rencontre tout change, Marie perd ses kilos et son amour pour Colin, dans un dédoublement douloureux qui rappelle par moments le Horla de Maupassant (J’ai peur, peur... ne reconnais plus le visage de Colin. Il se déforme chaque jour davantage, ses traits se falsifient comme ceux d’un noyé...) et tombe parfois dans le grand guignol, à mon avis (on ne peut pas tout réussir) : « Colin me regardait avec l’air stupide qu’il prenait depuis quelque temps... La couleur de ses yeux, d’un marron crotte de chien, était moche. Des yeux de cochon qui me sont apparus dans leur réalité porcine ».

Comment transformer l’amour en haine à coups d’herbes sauvages? Vous allez faire la connaissance d’un épouvantable illuminé. Vous allez vous interroger sur les faiblesses de l’individu, sur ses névroses et  je pense que le roman, rien que pour ça, peut vous plaire. Vous allez aussi faire un voyage gratuit en Sardaigne et entrer dans le mystère des launeddas, les flûtes sardes à trois tuyaux qui portent le mauvais oeil dans leur plainte. Je vous souhaite bonne route et je vous préviens, vous n’écouterez plus les chansons d’Abba de la même façon.

Pour ma part, je retiendrai le bel hommage à la richesse infinie de la langue française que constitue ce roman – et les faux pas des Princes charmants, qui ont tendance à me transporter. Mais c’est très personnel.

 

 

 

PS  Dans le roman j’ai retenu ce passage, qui m’a bien arrangée et j'en remercie l'auteure : Oui, vous avez bien entendu. Cinquante-cinq kilos. Ça fait pas beaucoup pour un petit mètre soixante-cinq. D’accord, je ne mesure qu’un mètre soixante, mais... je cours à la boulangerie pour grossir un peu et dépasser mes cinquante-cinq kilos, ils font des puddings de Noël, à défaut de pain aux glands !