Le blog de la petite espagnole


La lettre froissée, d'Alice Quinn

Avant de lire l’un de ses romans, je connaissais déjà Alice Quinn de nom : dans le monde des autodités, il est difficile de la rater. J’imaginais une femme distante, un peu intimidante, j’ai vu arriver d’abord quelque chose de rose. J’ai découvert ensuite un grand sourire, un visage rayonnant, une femme très femme et incroyablement vivante. Une présence. Une présence chaleureuse. J’ai offert son livre à l’une de mes filles, qui s’appelle Lola et la vie faisant parfois bien les choses, voilà que ce prénom se trouve au centre du dernier roman de l’auteure. C’était plutôt bon signe.

 

                                lovelovelove

 

On va augmenter le nombre de facteurs, les voitures araignées vont être interdites sur la Croisette et l’on va donner le Maître de Forge au théâtre : bienvenue à Cannes au temps dit béni de la Belle Epoque. Les uns paradent en exhibant leurs richesses, les autres attendent de mourir au soleil, tandis qu’à l’ombre des offices de notaires, les faillites judiciaires s’accumulent. Et dans ce monde si particulier où les cabinets de lecture cachent des alcôves (quand on vous dit que c’est bien de lire !), où derrière les buissons gisent des petites mortes, où les filles pauvres deviennent modèles et bonnes à tout faire, trois personnages vous attendent. L’une raconte, l’autre bat des mains, le troisième... le troisième vous le connaissez, il s’appelle Maupassant. Il est cynique, désabusé, pas encore fou. Vous verrez aussi passer Flaubert, mais il est en très mauvais état.

Vous allez donc faire la connaissance de Miss Fletcher of Ramsey, aristocrate anglaise sans le sou tout juste sortie d’une malheureuse histoire d’amour  et de Filomena alias Lola, courtisane autrefois repasseuse, trieuse de fleurs et livreuse de chapeaux, tout juste abandonnée par son Eugène et délaissée par la fortune, par la même occasion. Et que fait une courtisane, quand le sort s’acharne sur elle ?
Elle mange (une omelette) et boit (un chocolat).

Et que fait-elle aussi, quand elle est l’héroïne d’Alice Quinn ?

Elle lit dans les pensées des autres, s’amuse des caprices de la vie, s’émeut de la misère, du triste sort des orphelines... et nous enchante. Car Alice Quinn a créé là un personnage haut en couleurs, à la fois ravissant, primesautier et touchant et c’est de toute évidence le premier intérêt de ce roman. Le second intérêt étant la vivacité du ton, avec cet art du dialogue enlevé qui me paraît la marque de fabrique de l’auteure.

Du feel-good à la Belle Epoque, en somme. Il fallait y penser. Avec en prime quelque chose de l’ambiance des vieux policiers anglais, un petit monde à la fois suranné et pétillant. Et aussi une partie de jambes en l’air avec un certain Harold, qui vaut le détour (Maupassant apprécierait).

Quant à l’histoire, il s’agit d’une enquête autour de la mort de Clara, femme de chambre au Beau Rivage  et je sais à quel point les lecteurs sont friands de ce genre d’intrigues. Les gens aiment bien essayer de deviner et ils ont besoin de péripéties.

Moi non, pas trop et j’en profite pour lancer un appel :

Chroniqueuse attend désespérément des romans autoédités où il ne se passe rien, pour  changer.

Rien, comme dans ces films où l’on se contente d’une atmosphère.

Et je sais que Mme Quinn, avec son talent...

 

Amateurs de mystères à élucider, de livres bien écrits et d’ambiances savamment reconstituées grâce à un gros travail de recherche qui ne vient pas se montrer avec ses gros sabots (et là, chapeau !) ce roman vous attend.