Le blog de la petite espagnole


Merci d'avoir patienté! (Frédéric Mazé)

Samedi 3 Février, je suis à Mennecy et c’est mon premier salon. Je ne connais personne, autour de moi les pros s’agitent, dressent leur kakemono derrière leur chaise et s’embrassent les uns les autres. Deux hommes connus pas terribles attendent que le temps passe,  Olivier Norek a de beaux yeux clairs et déjà du monde autour de lui, Nicolas Lebel se demande si par hasard je ne serais pas sa mère, Marsault exhibe ses tatouages et se bat avec mon portable qui ne marche plus. Et puis en passant dans l’une des allées histoire de faire quelque chose, je vois un sourire qui tue.

Alors je m’arrête, forcément.

—De quoi parle votre livre ?

—De mon expérience chez EDF, ça va vous amuser.

Un autre jour j’aurais pris la fuite, mais la magie des salons a dû s’y mettre, j’ai acheté Merci d’avoir patienté.

—Vous allez voir, c’est drôle.

Ensuite... ensuite j’ai essayé de vendre mon propre livre, j’ai fait tout ce que je pouvais, sans kakemono, sans personne à embrasser, sans homme politique à flatter et à un moment Sourire-qui-tue est venu dans ma zone, visiblement attiré par une jolie blonde. Je l’ai laissé à ses louables occupations et j’ai ouvert son livre, l’ai feuilleté, n’ai rien compris à ce que je lisais. Quelqu’un criait dans un micro et c’est très mauvais pour la lecture, ce genre de bruit.

Je me suis dit alors que j’avais encore acheté n’importe quoi, j’ai soupiré, fermé les yeux et prié Ste Rita mon amie de toujours, la gardienne de mes moments difficiles.

 

Mardi 6 Février

De retour à Albi qui fait tout ce qu’elle peut pour se couvrir de neige, j’ouvre le livre et commence à le lire pour de bon.

Et au bout de quelques pages c’est décidé, Sourire-qui-tue aura sa chronique.

Parce que c’est drôle sans doute, mais surtout plein de sensibilité et parce que c’est très bien écrit. Et puis quand nos misères nous amusent, parce qu’on a cette élégance-là, alors autant les écrire.

 

 

Ma chronique

 

Je sors mes affaires et je m’affale sur le lit une place. J’ai envie de pleurer. Mes rêveries me sauvent des larmes. Je revois le Sénégal, la mer, les bougainvilliers, les flamboyants et cette fille que je ne croiserai plus jamais. Je regarde la pluie tomber par la fenêtre, à hauteur d’une paresse qui s’est lovée en moi...

 

Trois sacs et sa maîtrise en droit privé en poche, il quitte le rêve africain qui s’est cassé la figure pour revenir en France.

Nous sommes en Touraine, sa chambre fait 7 mètres carrés, mais 7 mètres carrés c’est plus vaste qu’un continent, lorsque vos souvenirs écartent les murs (jolie formule !). Et un récit de vie, c’est beaucoup plus qu’un récit de vie, quand l’humour et le talent s’en mêlent.

 

Le voilà donc hébergé un temps chez deux adorables personnes, puis confronté aux absurdités de Pôle Emploi et finalement lancé dans la guerre du feu, alias le centre d’appel EDF, alias le temple du mensonge.

D’abord en formation, il écoute de drôles de  phrases sur la sacro-sainte et invisible transparence et apprend à apprécier le savoir-être, mot magique quand on n’a rien d’intéressant à dire. Autour de lui les voitures tombent en panne, la DRH a une drôle de tête, l’électricité est coupée et il y a des poils sur les claviers, les salaires sont misérables, les restaurants sont hors de prix, les notes salées et les réveils difficiles. Mais les filles sont jolies et l’on rit pas mal, parce qu’il vaut mieux en rire, c’est le meilleur parti-pris qu’on puisse opposer à la vie.

A la loose, c’est le mot-clé du livre. La loose avec son assistante fidèle, la fraternité de la débrouille. Et son espace de prédilection, le PMU, parce qu’il y a plus d’espoirs chaque jour dans un PMU que dans un seul soir de Noël.

 

Et puis surtout, cet homme-là ressemble à s’y méprendre à un bon garçon. Il vous attendrira avec ses aventures et ses faux-pas, ses coups de colère idiots et ses grands sentiments, ses plaisanteries de collégien, ses semelles qui se décollent et ses rêves qui s’écroulent : Une phrase qui commence par putain et qui finit par pardon, c’est le sombre résumé d’une vie entière.

Mais c’est bien connu, EDF rétablit la lumière !

 

Ames sensibles, ne ratez pas un livre pareil. Et si un jour vous doutez du pouvoir des mots sur les accidents de la vie, alors vous pourrez toujours le relire.