Le blog de la petite espagnole


L'empreinte volée, de Françoise Cohen

Petite fille, la silhouette d’un inconnu sur une photo –figurant involontaire d’un cliché familial - m’a longtemps perturbée. Mais c’est là une mauvaise histoire, qui ne mérite pas d’être racontée. La première nouvelle de ce recueil m’a renvoyée à ce cliché : les gens qui passent, au moment où l’on prend la photo, savent-ils qu’ils feront partie de notre vie ? C’est une question que je me suis souvent posée et on la retrouve au début de ce recueil.

 

 

Dans les rues de Buenos-Aires, un homme marche au hasard. Il s’arrête, réfléchit, repart, en équilibre sur la ligne sinueuse de ses pensées. Une démarche de funambule...

 

Je dois vous dire tout de suite : j’ai une grande admiration pour toutes les nouvelles de Françoise Cohen. J’aurais voulu les écrire et pourquoi ? Parce qu’elles disent, avec des mots simples, des choses assez compliquées –j’adore ça.

Et la chose compliquée dite dans l’Empreinte volée, c’est la vie d’un être peu doué pour le présent. Imaginez un drôle de voyage intérieur, déstabilisant juste ce qu’il faut, flottant entre plaisir et peine, rêve et réalité, parcours et vagabondage, se perdant dans les rues de Paris et quelques souvenirs de Buenos-Aires. Imaginez des pas sur un fil, mais on ne tombe jamais. Ce n’est ni noir ni blanc, ni rose, ça échappe aux grilles éditoriales, c’est juste joli et mélancolique et ça nous renvoie à nous-même – à ces jours où comme la narratrice nous n’avons pas assez dormi.

Nous voilà dans un monde un peu gélatineux, conduits en équilibre instable par une narratrice familière mais pas trop. Au fil des pages flottent des étiquettes : il y a une inconnue sur la photo, un visage qui s’efface, trois lettres volées, une homonymie troublante, une perruque et ses sortilèges, un siège conducteur encore vide, une montre égarée, les cailloux semés par une amnésie, des silhouettes dans une ville... autant d’empreintes dans ce parcours en négatif que Françoise Cohen nous fait suivre de sa voix enjouée, un brin naïve.

 

 

Ne dites pas que vous n’aimez pas les nouvelles,ne dites pas que ce sont des écrits de débutant, que c’est facile, qu’on n’a pas le temps de s’attacher au personnage. Lisez celles-là et vous parlerez. Car le personnage, c’est vous. Et il est si difficile de vous parler de vous.

 

L'empreinte volée, éditions tituli  www.tituli.fr