Le blog de la petite espagnole


Vices (Gipsy Paladini)

Au Salon du livre de Paris, où nous sommes allées ensemble ma détestable  migraine et moi, j’ai acheté Vices de Gipsy Paladini. Pas pour faire taire les cymbales que j’avais dans la tête, je les sais récalcitrantes et très peu intéressées par la littérature.

Pas pour la couverture noire et rouge, élégante et prometteuse pourtant, ni pour le genre policier, qui ne m’emballe pas. Pas non plus pour les commentaires, qui valent ce qu’ils valent, ni pour l’auteure, que je connaissais de vue et à qui mon visage ne disait vraiment rien.

Non, en fait j’ai acheté ce livre à cause d’un chemisier.

Un jour sur une vidéo, une femme très belle qui avait écrit un roman faisait l’imbécile dans un chemisier sublime. J’ai alors pensé que je ferais bien de lire ce qu’elle écrivait. Je crois bien que c’était à cause du chemisier.

Voici donc ma chronique, parce que c’est un très, très bon roman et qu’il serait dommage que vous ne le lisiez pas. Et si cet article ne concerne que le premier épisode, c’est que je ne vais pas non plus devenir adepte du roman policier par l’opération du St Esprit, à mon âge.

 

Des tentacules lui emprisonnent la cheville et le ramènent sous les eaux tumultueuses de l’indifférence.

Non, le personnage n’a pas été capturé par une pieuvre géante, il s’agit juste d’une blessure d’orgueil. Bienvenue dans l’écriture imagée de Gipsy Paladini !

Vous y découvrirez qu’il existe une orée des fesses (c’est plutôt joli et très champêtre), vous y rencontrerez une forme étrange du verbe parfaire (que je parfasse, que tu parfasses etc.), vous lirez quelques passages comme :

Le coeur de Marie cogne contre sa cage thoracique avec la force d’une foule à bout, massée contre une porte pour sortir d’une salle en feu.

Personnellement, j’adore les auteurs qui foncent tête baissée dans des figures de style très aléatoires.   

Vous assisterez aussi – un grand moment- à l’orgasme d’une policière. Parce que l’amour, toujours... il me semble que l’auteure est une grande amoureuse, une vraie de vraie et que le roman policier a eu bien raison de se faufiler sous sa plume.

 

Donc le très nerveux Zolan et la douce Marie s’aiment d’un amour fou et ils ont une énigme à résoudre : qu’est-il arrivé à Amélie Perrault ? Pourquoi cette jeune lycéenne s’est-elle suicidée ?

On vous parlera de harcèlement, de Jésus aussi. Une porte s’ouvrira symboliquement à la page 140, vous laissant tout perplexe et vous irez vers la vérité - à la page 172 exactement. Mais n’allez pas vous précipiter sur ces moments-là, ce serait bien dommage car vous rateriez l’essentiel :

-les gros plans très réussis qui ouvrent les chapitres –ces petits chapitres très courts qui vivent leur vie.

-les topoi du policier, que les addicts apprécieront sûrement: le couple d’enquêteurs complices, l’informaticienne déjantée, le patron de la BJV bien fatigué, le décor à peine esquissé, le policier pas conforme (il s’appelle Amir, il boit beaucoup, il est aussi adorable que pitoyable) et la policière frustrée, le coupable présumé séduisant et mystérieux, la victime à deux visages, les rebondissements qui vous énervent, parce que vous réalisez que vous étiez sur une fausse piste.

Et surtout, vous manqueriez ce qui fait à mon avis tout l’intérêt de ce livre, à savoir la particularité de ces personnages : ils sont tous problématiques et cernés par leur part d’ombre, pris en étau entre le présent qui les définit et le passé qui les poursuit, tous prêts à basculer vers le n’importe quoi qui les guette. Les uns le font, les autres pas et l’on se dit que ce n’est peut-être qu’une affaire de hasard.

 

Mais il y a une chose, quand même –une petite chose : pourquoi disent-ils toujours « nan » quand ils ne sont pas d’accord ?

Moi je dis « non ».

J’ai la réponse : Oubliant son amant et ses simagrées, elle la suit jusqu’à ce qu’elle bifurque, hors de sa vue. Puis elle crache son chewing-gum et s’engouffre dans une ruelle.

Voilà, ils disent « nan » parce qu’ils ont tous un chewing-gum dans la bouche.

D’où une nouvelle problématique : doit-on manger des chewing-gums aujourd’hui, quand on est un personnage romanesque?

Il faudra que je pose la question autour de moi.