Le blog de la petite espagnole


La Paloma (Bernard Zimmermann)

J’ai rencontré un jour Bernard Zimmermann et Margarita (ce livre lui est dédié) dans un café des Halles. Je ne sais pas si c’est là un résultat de leur blog (1), mais j’ai eu l’impression très particulière que le café avait été construit autour d’eux. Je ne sais plus de quoi nous avons parlé mais je sais que l’air des sous-sols du quartier, ce labyrinthe trop compliqué pour moi, était devenu léger. C’est en tout cas ce qu’il m’est resté de cette matinée.

Et le goût du café et l’image d’une salle remplie de livres.

 

Ce livre-là m’est arrivé par la Poste et ce n’était pas le moment, je suis en plein déménagement. Je l’ai lu en souvenir des Halles. C’est une histoire qui se lit comme on regarde un film et il y a un héros à l’intérieur. L’un de ces héros ordinaires qui font des choses extraordinaires. Avec un décor évoqué juste ce qu’il faut et des dialogues tendus à l’extrême –paroles brèves qui disent l’essentiel, parce que les jours sont peut-être comptés.

Vous découvrirez donc « le silence de couvent » d’Alicante et vous lirez cette phrase extraordinaire : « c’était l’heure où le matin tout jeune porte une odeur de pins ». Vous verrez aussi comme la mer est belle car si jamais Dieu existe, c’est l’un de ses cadeaux.

Mais les hommes aiment la guerre et d’Alicante jusqu’à Grussenheim en passant par Oran, vous allez suivre le destin d’un homme qui ne voulait pas la faire.

 

Il s’appelle Casal, il est Espagnol, Républicain et il fuit la prison et les représailles franquistes. Sur le pont du San Gabriel, il aperçoit encore dans la nuit le sourire d’Amparo, la femme qu’il aimait. Le bateau s’en va vers Oran, la côte algérienne est dans le noir et toute cette scène nocturne est à la fois tragique et sobre.

Parfois, il suffit de peu de mots et je pense que c’est là la qualité essentielle de ce roman, l’économie des moyens.

Casal débarque à Oran, au Patio grande qui n’est pas grand du tout. Autour de lui, un Tio bon comme le pain, un Consul qui porte en lui quelque chose de celui de la Condition humaine –cette façon de tourner autour du pot, et l’adorable Sunsi.

Il y aura aussi Hoffmann le libraire érudit, espèce de représentant de l’auteur, qui prendra la parole à la fin de l’histoire.

Deux guerres sont passées, celle d’Espagne et la guerre de 40, plusieurs destins se sont brisés et vous voilà face à cette question bête : que faire de soi au milieu des hommes qui jouent à ne pas aimer la vie ? Une question d’existentialiste et la réponse de Casal sera violente, à la mesure de ses rêves saccagés. Ce sera la réponse d’un homme de conviction, qui ne voulait que la paix.

 

Que vous dire de plus de ce roman ? Qu’il est « triste et beau » comme dit le poète, qu’il est viril aussi –je crois que rien n’est plus sexiste que l’écriture romanesque. Qu’il porte en lui des valeurs essentielles, hissées jusqu’à nous par des voix discrètes, des voix d’hommes simples et c’est bon signe, ça, pour les valeurs comme l’amour, le courage, la foi en l’humanité.

Mais voilà que je m’emporte dans les grands mots, ne m’écoutez plus et lisez ce livre, il parle mieux que moi !

 

 

 

1 Leur blog s’appelle Café-croissants et je vous conseille d’aller y faire un tour.