Le blog de la petite espagnole


L'affaire Creutzwald (Thierry Berlanda)

 

 

 

Vous êtes nulle en géographie et le titre vous fait penser à une sombre histoire d’espionnage, vous prenez la fuite. La quatrième de couverture ne vous rassure pas, vous renvoyant à la Disparition de Stéphanie Mailer, dont tout le monde parle et  que vous n’avez pas voulu lire. Mais vous connaissez les romans de Thierry Berlanda, vous êtes du genre fidèle et vous lisez celui-là.

 

La vérité n’est pas une lubie, ce n’est même pas une passion, mais un démon : quand il s’est assis sur vos épaules, les jambes bien serrées autour de votre cou, il bourdonne sans cesse à votre oreille et ne relâche son emprise que lorsque son appétit est rassasié.

Le nouveau Berlanda nous fait des figures en chapelet (1) et il a prêté sa chemise blanche à l’un de ses personnages pour les besoins de son scenario.

Nous sommes en pays minier, le dernier puits de Vernejoul a été fermé, reste le souvenir d’un grand amour interdit et d’un père ventripotent, grand patron amoureux de sa toute puissance. C’est Roméo et Juliette version Berlanda, ce qui donne une enquête très particulière en deux temps, installée sur des bases on ne peut plus traditionnelles (humiliation et vengeance, passé qui resurgit) mais qui s’en va à la dérive vers une étrange lumière.

Vous serez dérouté, intrigué et totalement mené en bateau.

Sinon, vous aurez une pigiste à l’express tout droit sortie d’une cure de désintoxication et d’un largage radical, une enquêtrice exaspérante (ça s’arrangera) qui dit trois fois putain en une page et demie et pose de drôles de questions (« Et il allait y quoi foutre ? »), un adjoint boutonneux, un lieutenant de police peroxydé, un facteur, un médecin amoureux... Thierry Berlanda s’amuse à installer ses pions sur un parcours plein d’embrouilles dont il a le secret : qu’est-ce que c’est que ce mort qui n’est pas mort, que ce conducteur d’ambulance qui se volatilise ? Qu’est-ce que c’est que ce voyage dans ce qui a été ? C’est... Zola au pays des lémures. Mais un Zola humain, qui ne prendrait plus le petit peuple de la mine pour des animaux de laboratoire. Un Zola rêveur et philosophe, qui écouterait les chansons de Brian Ferry. Et qui s’en remettrait finalement à la Raison et je vous préviens, quand tout se dénouera dans une logique parfaite, vous serez vraiment surpris.

Vous n’avez rien vu venir et c’est normal, l’auteur est doué.
Et puis un ange passera, un vrai de la vraie vie, il s’appelle Monsieur Fassa.

 

1 FLORILEGE

 

Une minute passe, solennelle comme une procession de cagoules.

 

Segghettini fait tourner lentement son stylo à hauteur de son oreille, comme pour lier une sauce en suspension dans le bureau.

 

Alice jette sur les paroles de Kopp comme deux litres d’eau sur un simple feu de poubelle.

 

Un type comme lui doit s’emmerder comme un couteau dans un poulailler.

 

Les visages des meurtriers (...) jaillissent dans son crâne comme à la fête foraine les cibles du tir à la carabine.

 

Ce florilège de figures de style pourrait intéresser une professeure de Français, mais justement si j’osais, je demanderais bien à l’auteur ce qu’il a avec les professeures de Français à petite poitrine.

Mais je n’oserai pas, évidemment.

 

 

 

PS Un grand merci aux éditions De Borée et que l’auteur me pardonne les égratignures. Elles ne sont que l’expression d’une profonde amitié.